Édition : le meilleur des deux mondes – Maritza Jaillet
Maritza Jaillet

Maritza Jaillet (@MaritzacocoJ) est une autrice hybride et une youtubeuse. Quand elle n’écrit pas, elle donne des conseils d’écriture ou chronique les livres de ses pairs sur sa chaîne.

Elle a commencé par s’auto-publier en 2014 quand elle était encore étudiante sur la plateforme lulu.com et depuis sa carrière se partage entre l’auto-édition et l’édition traditionnelle.

Je lui ai posé quelques questions pour avoir son point de vue sur ces deux moyens de publication. Je la remercie d’avoir pris le temps, une nouvelle fois, de me répondre pour partager son expérience !


Ta carrière a commencé dans l’auto-édition sur la plateforme lulu.com puis tu es passée par diverses maisons d’édition. En quoi l’édition traditionnelle impacte ta carrière (positivement ou négativement) ?

L’édition traditionnelle m’a rassurée d’abord. En tant qu’auteur indépendant. quand on me disait en salon « votre histoire est géniale », j’avais peur qu’on me dise ça juste parce que j’étais en face du lecteur. Que c’était pour compatir. Quand j’ai intégré la première maison d’édition, Otherlands, je suis rentrée dans une famille. Rien n’était similaire à mon expérience sur Lulu. Et pourtant, les livres d’Otherlands étaient distribués avant par Lulu, pour dire à quel point le destin parfois…

Cela a eu un impact très positif aussi en terme de légitimité. Certains lecteurs et libraires étaient réticents à l’auto-édition (je rappelle que j’ai fait mon premier salon y a 5 ans). Et dès que j’ai mentionné sur ma carte les maisons d’édition dans lesquelles j’étais (sans oublier les collectifs d’auteurs aussi ♥), le regard a changé. Ce n’était plus « la jeune étudiante qui sort un bouquin lambda ». C’était « la jeune étudiante-là, elle est aussi en maison d’édition » alors que rien n’avait changé dans mes histoires. C’est dire la subjectivité des gens !

Heureusement, c’est une infime partie, mais ça m’a marquée. Idem pour les libraires, réticents au début. Quand je parle de mes livres en maison d’édition, et encore plus récemment de Nutty Sheep, là tout de suite, le regard s’éclaire. Comme si j’avais prononcé le mot « magique » ! J’ai eu le cas 7 fois quand même… Ça montre à quel point il existe un a priori sur l’autoédition…

Tu as donc une approche hybride de l’édition. Comment décides-tu du chemin que prend chacun de tes livres ?

Alors, il faut savoir que ma saga La magie du destin était prise dans des maisons d’édition. Mais j’ai refusé les modifications. Dernièrement une maison d’édition l’a refusé sans me donner de raisons autre que « c’est jeune ». Ça, je le conçois mais « c’est incohérent », non. C’est juste qu’ils sont passés à côté de l’intrigue… Je dis ça parce qu’une analyste littéraire s’est penchée dessus et elle a tout compris. De même que les bêta-lecteurs, les correcteurs et d’autres maisons d’édition. Mais passons… Je l’ai sorti en autoédition pour garder la main.

Ensuite, ça ne se décide pas vraiment. Parfois, je participe à des appels à texte et je suis la première surprise de voir que mon texte a plu et qu’on me propose un contrat. En ai-je déjà refusé ? Oui, quand je voyais le montant des droits d’auteur sur les contrats. Ou quand les auteurs me rapportaient des choses pas glorieuses également.
Pour le moment, mais ça peut changer, tous mes prochains projets seront en autoédition… sauf si je réussis les 2 appels à texte auxquels j’ai participé.

Pourquoi auto-publier certains livres ? Ça rapporte plus ?

J’auto-publie pour garder la main, pour qu’on ne modifie pas trop mon histoire, souvent remodelée pas comme il faut en travail éditorial. Ensuite, il est clair, et je suis honnête là-dessus, ça rapporte plus en auto-édition. Du moins quand j’étais sur Lulu on verra pour Amazon prochainement. Mais côté frais, j’avais amorti la correction rapidement ; les marque-pages, les goodies sur les 3 premiers mois ; et pour les déplacements, ça dépendait du salon mais je réussissais à vendre entre 10 et 15 bouquins par jour donc ça m’allait très bien. En maison d’édition, dernièrement je ramais plus en salon.

Comment procèdes-tu au contrôle qualité de tes livres en auto-édition ?

Pour le contrôle qualité, je suis en plein dedans et je peux dire que je m’arrache les cheveux ! Pour le numérique, Amazon me pose plus de soucis que Lulu. Avec Lulu, je pouvais envoyer un fichier, rien ne bougeait. Là, je rame donc je recommence, je refais et tant que ce n’est pas bien, je recommence. Impossible pour moi de mettre en ligne un travail bâclé. J’ai décalé la sortie suite au confinement et je décalerai encore si un truc ne va pas. Idem pour la correction, j’ai payé deux correctrices. Si le boulot n’a pas été fait, je corrigerai avant la publication. Comment ? J’ai l’intention d’envoyer en SP mon livre à des chroniqueuses très pointilleuses sur l’orthographe. Si ça ne va pas, eh bien je remets les mains dedans ♥.♥ !

Comment trouver des partenaires fiables en auto-édition ?

Pour les partenaires fiables, c’est simple : le bouche-à-oreille. Je ne vois rien de mieux que les témoignages, ressentis, expériences des autres. Pour la correction, j’ai encore une fois fait confiance à Bettina car sur un de mes ouvrages elle avait été top. Il y a également Maria Amini, une collègue qui démarre son activité ; je voulais lui donner un coup de pouce 🙂
Ça peut coûter cher la correction, mais ça vaut le coup. Et ça il faudra toujours le dire : corrigez vos écrits ! Et si vos correcteurs ont laissé quelques coquilles, ça peut arriver, corrigez votre ouvrage ! C’est pas grave de faire des fautes, c’est plus grave de les laisser alors qu’on les a pointées !
Pour le reste, je vais être en contact avec une attachée de presse (enfin ça, c’était avant confinement) donc maintenant à voir si on se voit toujours par la suite pour parler promo, marketing…

Côté marketing justement, peux-tu nous parler d’une ou deux stratégies et d’outils qui fonctionnent bien pour toi ?

Je ne sais pas si ce sont vraiment des outils, mais déjà quand quelqu’un vient vers mon stand ou en MP pour me demander mes ouvrages, je lui demande moi, ce qu’il ou elle apprécie. Et après j’oriente. Certains vont aimer l’horreur, je les dirige vers Otherlands, d’autres une romance qui sort des sentiers battus, je les oriente vers Livresque, d’autres du 100% auto-édition donc… je leur montre La magie du destin !

Le deuxième outil, la patience ? L’acceptation des critiques également. Par exemple pour Rattrape-moi, j’ai partagé un jour une critique 3 étoiles que je trouvais vraiment bien, mais vraiment sincèrement correcte ! Peu importe les étoiles, tant que l’avis est constructif il doit être partagé. Auto-édition ou maison d’édition, je ne fais pas de différence : j’accepte.

As-tu une stratégie pour équilibrer ton temps entre l’écriture, tes vidéos et les réseaux sociaux ?

Je suis une extraterrestre ^_^ Je dors peu, d’une, ensuite je suis extrêmement aidée au quotidien. Il y a un partage équitable des tâches entre Léo et moi donc tout va bien. Même si on n’est pas à l’abri d’une dispute puisqu’on bosse ensemble ! Quand j’écris, Léo sait qu’il faut me laisser seule au moins 4 heures. Quand je tourne, il est présent. Les réseaux sociaux, je m’en occupe quand j’ai fini les priorités.

Beaucoup d’auteurs hésitent entre auto-édition et édition traditionnelle pour leur premier livre. À ton avis, quelles questions doivent se poser les auteurs pour savoir quel chemin emprunter ?

Pour reprendre les termes de Matt Dejouy dans une de ses vidéos : « Est-ce que l’auto-édition est faite pour vous ? » C’est vraiment important ! Beaucoup sautent sur le premier contrat d’édition ou sur l’auto-édition sans réellement s’interroger. Or, ils doivent se questionner. En maison d’édition, vous ne paierez rien (je rappelle : maison d’édition à compte d’EDITEUR). Sauf en cas de déplacement en salon, parfois on vous demandera une participation ou vous aurez la possibilité d’emprunter ou d’acheter du stock. Vous sentez-vous capable d’être dirigé ? Parfois les directeurs éditoriaux peuvent carrément vous dire : « Non mais ce paragraphe-là je le vois à la page 5 du bouquin pas à la 171 et ce personnage-là, soit tu l’accentues, soit tu le jartes. »

Êtes-vous capable de tout accepter ? Le premier roman c’est notre bébé, on a souvent travaillé dur dessus, c’est pas évident du coup d’accepter les changements même mineurs. Êtes-vous, au contraire, prêts à dépenser de l’argent pour la correction, la couverture, la promotion également (même si on retrouve cet aspect avec les maisons d’édition) ?

Vous sentez-vous capable d’accepter les clauses, les conditions des maisons d’édition ? Leurs chartes, parfois ?

Vous sentez-vous capable en tant qu’auteur indépendant de faire les démarches pour s’inscrire sur un salon, aller aux devants des lecteurs ? Si vous n’êtes pas prêt, réfléchissez, prenez du temps pour vous et votre ouvrage. Ne vous précipitez pas, c’est souvent comme ça qu’on tombe !
Soignez votre réputation, et surtout votre plume 😛


Retrouvez Maritza Jaillet :

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4 Comments

  • Maritza Posted 23 avril 2020 8 h 44 min

    Ouaaaaaaaaaaaaaaa merciiiiiiiiiii :))))) !

    • Coralie RAPHAEL Posted 23 avril 2020 8 h 53 min

      Merci à toi, Maritzaaa ! 😛

  • Larry QUO Posted 23 avril 2020 8 h 42 min

    Bonjour Coralie,

    Merci pour cette interview aux questions et réponses pertinentes. L’auteur(e) hybride permet un retour d’expérience riche. Maritza insiste sur la correction et nous constatons sa détermination à éradiquer à juste titre toute coquille. Pas simple, même avec des correctrices expérimentées.
    J’ai noté plusieurs informations très intéressantes. Merci pour ce partage et merci à Maritza pour ces conseils précieux.
    Radieuse journée Coralie.
    Larry

    • Coralie RAPHAEL Posted 23 avril 2020 8 h 51 min

      L’expérience de Maritza est précieuse et elle a toujours la gentillesse et la patience de répondre à mes questions !
      Belle journée à toi, Larry !

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