Édition : profitez du meilleur des deux mondes – Benedict Taffin

Après de longues études (un bac scientifique, une classe préparatoire aux grandes écoles et une école d’ingénieur), Benedict Taffin se retrouve avec un diplôme d’ingénieur en instrumentation en poche qui ne lui permet pas de trouver du travail. On approche des années 2000, l’informatique a le vent en poupe : c’est dans ce domaine que pendant dix ans, Benedict cumule les contrats en tant que prestataire de services.

Parallèlement, elle se lance dans l’écriture de nouvelles dans le cadre d’appels à textes pour les éditions Nestiveqnen, entre autres. Son premier roman Les yeux d’Opale sort en 2010 chez Gallimard Jeunesse. Après deux autres romans, eux aussi, paru en maisons d’édition, Benedict tente l’aventure de l’auto-édition en 2017 avec une série de quatre romans intitulée Dimitri Hennessy.

Benedict a aujourd’hui récupéré tous les droits de ses livres parus en maison édition et n’est donc plus un auteur hybride, mais j’ai tout de même voulu avoir son point de vue sur ces deux moyens de publication. Je la remercie d’avoir pris le temps de me répondre pour partager son expérience !


Ta carrière a commencé en 2010 chez Gallimard jeunesse avec le roman Les yeux d’Opale et ce n’est que 7 ans plus tard que tu publies ton quatrième roman en autoédition. Pourquoi ce choix ?

Je pensais d’abord l’éditer, comme les précédents, mais après les corrections habituelles, j’ai réalisé que la maison d’édition et moi ne voyions pas le livre de la même manière. J’ai eu de la chance que l’éditeur comprenne, comme moi, que nous allions droit dans le mur et nous avons rompu le contrat d’un accord commun. J’ai alors décidé de me lancer dans l’auto-édition, histoire de pouvoir faire mes propres choix. Cela me titillait depuis un moment.

Tu as donc sauté le pas et publié une série de quatre romans en auto-édition. L’expérience a été bonne ?

Oui. Très. J’ai découvert plein d’aspects de l’édition que je ne connaissais pas sur la fabrication d’un livre, les différents aspects administratifs, mais surtout la création de la couverture. J’ai appris à utiliser le logiciel gratuit Gimp et j’ai fait ma propre illustration avec beaucoup de plaisir. Le gros point négatif de l’auto-édition, à mon sens, c’est de savoir décider du moment où tout est bon, où on peut éditer. À s’écouter, il y aurait toujours matière à revoir, vérifier, améliorer. C’est plus stressant que de le confier à un tiers qui fera cette démarche pour vous.

Tu m’as dit avoir récupéré les droits de tous tes romans publiés en maison d’édition. Est-ce pour les republier en auto-édition ?

Pour Les yeux d’Opale, je ne sais pas encore. J’aurais aimé retravailler le texte avec un éditeur, mais je n’ai pas trouvé d’intéressé pour une réédition. Mes autres romans, oui. Je suis en train de retravailler La Pucelle et le Démon en ce sens et c’est ce que je compte faire avec L’Héritier de Clamoria ensuite. Ceci dit, je n’ai rien contre l’édition et compte proposer le roman que je suis en train d’écrire à un éditeur.

Justement, comment vas-tu décider par la suite ? Quels romans seront auto-publiés ? Lesquels enverras-tu aux maisons d’édition ?

C’est difficile à dire pour l’auto-édition ou l’édition. C’est plus du feeling qu’un choix fondé sur des caractéristiques propres à un roman. Je vais continuer ma série de thrillers et je sais que je resterai dans l’auto-édition pour eux, mais ensuite, cela dépendra du roman. Je me laisse toutes les possibilités. Par exemple, celui que j’écris, je sais déjà quel éditeur il pourrait intéresser et je ne ressens pas un besoin particulier de le peaufiner personnellement. Du coup, il sera très bien en maison d’édition. Enfin, si celle que je vise en veux. ^^

Financièrement parlant, qu’est-ce qui est ou était le plus avantageux pour toi ?

L’auto-édition, sans le moindre doute.

Comment procèdes-tu au contrôle qualité de tes œuvres auto-publiées ?

J’ai de super bêta-lecteurs, déjà, qui me disent si mon histoire tient la route ou pas et qui me fouettent régulièrement. Et sinon, non, je fais tout moi-même, corrections comprises. A priori, j’ai un bon niveau de français et je ne manque pas d’entraînement en tant que rédacteur en chef du magazine Présences d’Esprits. 🙂
Pour la couverture, je demande l’avis de mes proches et amis. Et je n’en fais bien souvent qu’à ma tête, il faut bien le dire.

Comment trouver des partenaires fiables en auto-édition ?

C’est un peu le nerf de la guerre, trouver des partenaires fiables. Et en l’occurrence, je ne suis pas un bon juge en la matière. Mes relecteurs sont mon homme et des amis. Et quant au reste des tâches de l’auto-édition, je préfère me débrouiller. Le but de ne pas retourner en maison d’édition n’était clairement pas de laisser d’autres faire les tâches à ma place. C’est un choix très personnel, mais du coup, je serais bien incapable de dire comment correctement s’entourer. Il faut tester, j’imagine, car ce qui convient à l’un ne convient pas forcément à l’autre.

Côté marketing, peux-tu nous parler d’une ou deux stratégies et d’outils qui fonctionnent bien pour toi ?

S’il y a un domaine où je n’y connais rien, c’est bien le marketing. Étant par nature contre le prosélytisme, j’ai beaucoup de mal à vendre mes propres textes. Du coup, je me contente de rappeler sur les réseaux sociaux, de temps à autre, que lesdits textes existent. Et j’ai bien conscience que c’est nettement insuffisant, surtout dans l’auto-édition.

As-tu une stratégie pour équilibrer ton temps entre l’écriture et les réseaux sociaux ?

J’utilise l’outil Pomodoro. C’est un minuteur. On le programme pour une suite de laps de temps et il sonne à chaque fin de laps de temps. Habituellement, je dévolue 30 minutes à l’écriture et 5 aux réseaux sociaux. C’est très pratique pour me remettre à écrire quand la motivation me manque. Et bien souvent, quand ça sonne et que je suis en pleine écriture, je n’entends pas la sonnerie.

Et dernière question ! Beaucoup d’auteurs hésitent entre auto-édition et édition traditionnelle pour leur premier livre. À ton avis, quelles questions doivent-ils se poser pour savoir quel chemin emprunter ?

Ce n’est pas évident du tout comme question pour un premier roman. Personnellement, j’ai appris beaucoup en voyant mes livres édités dans des maisons d’édition. Cette expérience m’a été très utile quand j’ai décidé de passer à l’auto-édition. Pour les primo-romanciers, avant toute décision, il faut qu’ils réalisent bien que tout sera à leur charge. Il leur faudra bien comprendre les mécanismes de l’édition avant de se lancer et surtout bien s’entourer. Et plus que tout, l’auto-édition ne convient pas à tous. C’est une véritable organisation à mettre en place. Il faut être sur tous les fronts. Le mieux est sans doute d’être réaliste par rapport à ses propres limites. Écrire et éditer sont vraiment deux métiers différents. S’ils veulent s’auto-éditer, je leur conseille vivement de lire un maximum de blogs ou de sites qui traitent de l’auto-édition et de voir si c’est vraiment un mode d’édition qui leur convient.

Et s’ils choisissent une maison d’édition, là aussi, il faut être prudent. Si une maison d’édition vous demande de l’argent ou d’acheter un certain nombre de livres pour vous éditer, fuyez ! Ce n’est pas une vraie maison d’édition. Et lisez bien vos contrats. Ne signez pas n’importe quel contrat à n’importe quel prix. Là aussi, de nombreux sites donnent des conseils sur les clauses acceptables ou pas dans un contrat d’édition. Renseignez-vous…

Et pour résumer, si vous êtes du genre à vouloir tout gérer par vous-même, curieux de nature, et si vous n’avez pas peur du temps que cela peut prendre, n’ayez pas peur de vous auto-éditer. Si les démarches administratives vous rebutent, si vos finances ne vous permettent pas de payer une correctrice, un illustrateur et/ou quelqu’un pour mettre en page votre texte et si pour vous seule compte l’écriture, cherchez une maison d’édition.


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