Comment évaluer les petites maisons d’édition ?

Dans mon tableau, Les chemins-clés de la publication, il y a une colonne qui pose problème aux auteurs : les petites maisons d’édition.

Dans cette catégorie, on trouve de prestigieuses maisons d’édition qui font rêver les auteurs. Mais il y a aussi des maisons fondées l’année dernière par quelqu’un dans son salon. Ou gérées par des gens qui ne s’y connaissent pas plus que vous en édition.

Les petites maisons d’édition ont souvent peu ou rien en commun. Chacune a son type de contrat, sa force de distribution, ses qualités, sans parler de son catalogue et de son chiffre d’affaires. Cela dit, les petites maisons d’édition ont en commun cette fierté dans leur statut (et souvent à raison). Elles préfèrent l’appellation « éditeurs indépendants » pour mettre l’accent sur leur créativité ou leur approche plus personnelle. Et pour se différencier des mastodontes de l’industrie.

Le problème pour l’auteur, c’est que certaines petites maisons d’édition se servent généreusement sur la rémunération et les droits sans offrir beaucoup en retour. L’intention est rarement mauvaise. C’est plutôt qu’elles ignorent les pratiques standards (ou éthiques) de l’édition, ce qui peut les conduire à proposer des contrats qui imitent ce qu’elles ont vu chez les grands du milieu.

Commençons d’abord par examiner les bases nécessaires à un livre pour être mis et vendu sur le marché (et le rôle joué par les maisons d’édition traditionnelle, quelles que soient leurs tailles, dans ce processus). En y voyant plus clair, vous saurez ensuite si une petite maison d’édition vous offre plus d’avantages que l’auto-édition.

Pour simplifier les choses, voici les quatre devoirs principaux d’une maison d’édition traditionnelle :

  1. Produire un livre de la meilleure qualité possible, peu importe le format. J’inclus ici tous les aspects de l’optimisation du produit : l’éditorial, le design, l’impression, le prix, le marketing, etc.
  2. Vendre de façon proactive le livre aux clients (les bibliothèques, les librairies et autres points de vente).
  3. Promouvoir le livre sur le marché c’est-à-dire auprès des libraires, des bibliothécaires et tout professionnel susceptible de rédiger une critique du livre.
  4. Promouvoir le livre auprès des lecteurs de façon directe (liste d’emails et réseaux sociaux par exemple) ou à travers les médias (journaux, magazines, télé, radio, etc.).

Produire un livre de la meilleure qualité possible

Si la maison d’édition ne met pas un point d’honneur à produire un livre de la meilleure qualité possible, ça pose immédiatement un problème pour la suite des opérations. Sans un effort suffisant pour obtenir un produit (le livre) de qualité, ni l’auteur, ni l’éditeur peut avoir l’espoir de le vendre et de le promouvoir avec succès.

Certaines petites maisons d’édition mettent beaucoup de pression à l’auteur pour que lui produise un livre de qualité et offrent peu de soutien éditorial. Elles se reposent sur l’auteur. C’est à lui de trouver le meilleur titre et d’écrire le résumé de sa propre histoire. Certains auteurs expérimentés peuvent se sentir capables de le faire ou ont les contacts nécessaires pour se faire aider. Mais le néophyte, lui, a besoin d’être guidé et d’apprendre les bonnes pratiques.

Certains auteurs se disent enthousiastes à l’idée de travailler avec un éditeur non-interventionniste. Car ainsi le livre sortira exactement comme vous l’imaginez, sans « interférences. » Mais dans ce cas, pour quelle raison souhaitiez-vous travailler avec un éditeur au départ ? Si vous allez partager une grosse part de votre profit (ou même payer pour être publié dans le cas d’une maison d’édition à compte d’auteur), vous devriez plutôt vouloir travailler avec un éditeur investi, prêt à vous stimuler pour que vous soyez capable de sortir le meilleur livre possible. L’éditeur est censé apporter son expérience et son savoir sur la production d’un livre pour qu’il plaise aux acheteurs sur le marché (exemple : les libraires) et aux lecteurs.

Si l’éditeur ne vous aide pas à faire ça, alors son manque d’investissement et d’intérêt devrait allumer un voyant rouge. La qualité d’un livre publié par une maison d’édition ne devrait pas dépendre de l’expérience ou de l’investissement d’un auteur. Ça donnera vite une mauvaise réputation à la maison d’édition. Et affectera ensuite les chances de réussir à l’étape suivante du processus.

J’ouvre ici une parenthèse. Si une petite maison d’édition vous demande de payer pour leurs services éditoriaux, en graphisme ou d’impression (ou si elle vous fait acheter des exemplaires de votre livre), alors ce n’est pas une maison d’édition à compte d’éditeur mais une maison d’édition à compte d’auteur. Une maison d’édition à compte d’éditeur, peu importe sa taille, paie l’auteur.

Les questions à se poser

  • À quoi ressemble le processus éditorial ? Y a-t-il une relecture, une correction ou une réécriture ? Allez-vous travailler avec un éditeur salarié de la maison d’édition ou un éditeur freelance ? Ou personne ? Jusqu’où êtes-vous responsable de la qualité du livre ?
  • Évaluez les couvertures de la maison d’édition et la mise en page des livres (allez feuilleter sur Amazon). Sont-elles professionnelles et comparables à d’autres titres du même genre ? Inspirent-elles confiance ?
  • Lisez le résumé du livre (toujours sur Amazon ou n’importe quel autre site marchand). Est-il bien écrit d’après vous ?

Vendre le livre aux clients

Un des avantages des maisons d’édition traditionnelles est la capacité de vendre votre livre en librairie et autres points de vente. Elles ont une force de vente interne et externe avec le diffuseur qui « diffuse » l’information auprès du libraire pour lui présenter un programme de nouveautés (office), d’opérations commerciales (florilège de poches, thématique culinaire, cahiers de vacances…), de sélections de fin d’année ou tout simplement faire un pointage des meilleures ventes comme du fond de catalogue (réassort). Votre livre est présenté, même si ce n’est que quelques secondes, aux personnes qui commandent les livres avant leurs sorties. L’agenda de l’édition est rythmé par le trio « rentrée littéraire d’automne – Noël – livres de plage » (auquel s’est ajouté depuis quelques années, la rentrée littéraire d’hiver). Pour l’ensemble des éditeurs le programme de septembre-octobre concentre le plus gros de leur activité annuelle. L’équilibre budgétaire d’une maison d’édition, à la ligne éditoriale principalement littéraire, est intrinsèquement dépendant des « mises en place » de la rentrée, liées elles-mêmes aux objectifs décidés par l’éditeur et corroborés ou ajustés par son diffuseur. À savoir combien d’ouvrages seront travaillés par les libraires ? Quel nombre d’exemplaires trouveront leur place sur les tables des librairies indépendantes et les enseignes ainsi que sur d’autres points de vente grand public (GSS et GSA – grandes surfaces spécialisées et alimentaires) tout comme des lieux plus confidentiels (maisons de la presse, boutiques de musées, mémorial…).

Les plus petites maisons d’édition n’ont pas forcément de service commercial interne. Elles vont alors vouloir se tourner vers un diffuseur qui va vendre leurs livres à leurs places. Mais ce n’est pas facile pour une petite maison d’édition d’être acceptée par un diffuseur. Elle doit convaincre de son potentiel commercial (plan d’édition à un ou deux ans). Mais aussi de la qualité de sa production pour espérer trouver un diffuseur. Et enfin : ce n’est pas parce que votre livre est diffusé qu’il sera vendu aux libraires. Lire cet article.

Si une petite maison d’édition n’a pas de diffuseur pour vendre ses livres, alors elle va probablement se tourner vers Amazon. Et renoncer aux tirages pour ne faire que de l’impression à la demande. Mais un auteur en auto-édition a accès à ce même type de diffusion. C’est pourquoi une maison d’édition qui vend ses livres par Amazon ne fait rien de spécial pour vous ou votre livre.

La diffusion d’un livre n’a rien de difficile et est accessible à tous. Ce qui est difficile, c’est de vendre le livre. Si une petite maison d’édition ne vend pas votre livre à de gros (ou petits) clients, ça ne veut pas dire que vous devriez l’éviter. Mais comprenez bien que votre livre ne se trouvera pas dans toutes les librairies du pays. Il sera peut-être dans quelques librairies locales, peut-être plus si vous parvenez à attirer l’attention d’un influenceur ou des médias qui aideront à faire grandir la demande et donc les commandes. Mais une petite maison d’édition ou une maison d’édition numérique considère, en général, que c’est une perte de temps et d’argent de se promouvoir sur le marché (librairies, bibliothèques, critiques professionnels…). Si la promotion et la visibilité sont deux choses qui vous tiennent à cœur, alors ne signez pas chez une maison d’édition qui ne vend que sur Amazon.

Parenthèse sur les tirages. Si l’éditeur investit dans un tirage, c’est qu’il prévoit des ventes. Et qu’il est confiant sur les chances de voir le livre en stock chez les libraires. Encore une fois, il n’y a pas de mal à ce qu’une petite maison d’édition fasse de l’impression à la demande. C’est un moyen de réduire les risques et d’économiser. Mais ça veut dire que l’avantage de signer chez elle n’est pas du côté commercial. Alors cherchez quel avantage il pourrait y avoir. Produire le meilleur livre possible ? Ou vendre directement aux lecteurs ? Pensez-y.

Les questions à se poser

  • La maison d’édition a-t-elle un diffuseur qui présentera votre livre aux clients ? Vous pouvez le lui demander directement ou visiter son site. Cherchez une page d’informations à l’attention des libraires ou autres clients. Si vous ne trouvez rien, regardez du côté de la FAQ, de la page de présentation ou celle de contact. Vous devriez pouvoir trouver qui est le diffuseur ou la personne en charge des commandes. Mais aussi un numéro de téléphone ou toute autre façon de passer une commande. Si les liens d’achat vous redirigent tout simplement vers Amazon, alors cette maison d’édition n’a probablement pas de diffuseur.
  • L’éditeur investit-il dans des tirages ? S’il fait de l’impression à la demande, qui est le fournisseur ? Si c’est Amazon, ça pourrait poser problème à l’auteur qui voudrait organiser un événement promotionnel dans une librairie indépendante qui ne voudra évidemment pas passer commande chez son concurrent.

Le marketing et la promotion du livre sur le marché

Le « marché », c’est tous les acteurs de l’industrie du livre : les libraires, les bibliothécaires et les critiques (ainsi que les médias traditionnels). Ce sont les mieux placés pour faire connaître votre livre aux lecteurs.

Pour toucher tout ce beau monde, les petites maisons d’édition doivent produire des exemplaires d’un livre 3 à 6 mois avant sa sortie. Elles les envoie ensuite aux personnes susceptibles d’offrir une critique ou une couverture médiatique. C’est réalisé dans le but de s’assurer que des commandes seront passées par les libraires ou bibliothécaires avant la date de sortie et peut aider à déterminer le tirage ou d’autres efforts marketing si les premiers indicateurs sont positifs.

Si un livre sort uniquement en version numérique, ça veut plus ou moins dire qu’il y aura peu d’efforts marketing et de promotion réalisés sur le marché. C’est souvent vrai aussi pour les titres qui sont imprimés à la demande, qui ne font pas l’objet d’un tirage. La majorité des ventes e-books en France se fait sur les sites internet de grandes surfaces spécialisées comme La Fnac (39%) et sur les plateformes numériques majeures comme Amazon. Et concernant les titres imprimés à la demande, les libraires ne sont jamais très enthousiastes car la logistique ne leur convient pas. Les libraires veulent pouvoir retourner un livre invendu qui lui sera remboursé généralement sous forme d’avoir.

Il est possible pour les petites maisons d’édition qui impriment à la demande de permettre les retours. Mais certaines préfèrent minimiser les risques et refusent les retours. Soyez sûr de bien comprendre le fonctionnement et la politique de votre maison d’édition. Surtout si vous avez l’intention d’axer votre campagne promotionnelle auprès des libraires indépendants.

Les questions à se poser

  • La maison d’édition renvoie-t-elle des services de presse ? Certaines petites structures ne comptent qu’un ou deux salariés et n’ont pas de délégué commercial. Ça ne veut pas dire que ces maisons d’édition sont à fuir. Mais leurs moyens pour soutenir votre travail sont limités. Demandez-leur ce qu’elles peuvent faire pour vous aider.
  • La maison d’édition envoie-t-elle le livre aux médias ? Donnent-ils suite ?
  • Allez jeter un œil aux titres de la maison sur Amazon. A-t-on laissé des avis ?

Le marketing et la promotion du livre auprès des lecteurs

Ça arrive aussi chez les grandes et prestigieuses maisons d’édition traditionnelles (et c’est ce qui déçoit le plus les auteurs) : certaines maisons vont faire un magnifique travail pour sortir un livre de qualité, le vend à ses clients, voit le livre dans toutes les librairies du pays… Mais personne ne l’achète. Six mois plus tard, ces livres sont retournés. Et l’auteur comprend que la partie est finie avant même qu’elle ait commencé.

Dans ce domaine, certaines petites maisons d’édition peuvent se distinguer et rivaliser avec les plus grandes. Mais vont-elles le faire ?

Un facteur qui peut jouer en votre faveur : la maison d’édition a bonne réputation et est spécialisée dans la production de livres pour un lectorat ou une communauté bien spécifiques. Ça veut dire qu’elle n’a pas à créer un plan marketing distinct pour chaque livre. À la place, elle peut puiser dans ses ressources existantes pour atteindre les lecteurs qui savent déjà qu’ils aimeront le prochain livre de la maison. Ces ressources peuvent être les emails de newsletters, les réseaux sociaux, les sites internet et blogs littéraires, les podcasts, les campagnes publicitaires, etc.

Ça peut être une bonne chose que la maison d’édition vende directement ses livres sur son site. Mais il y a très peu de chances que ce soit là que la majorité des ventes se réalise. Donc n’y voyez pas là un moyen d’atteindre les lecteurs.

Et puisqu’on parle de site internet : si celui d’une maison d’édition est mal conçu, pas mis à jour, fait très amateur… Ce n’est pas bon signe. Mais si vous êtes prêt à pardonner ces fautes de goût, alors regardez à qui le site semble s’adresser. Essaie-t-il d’attirer des auteurs ou présente-t-il son catalogue ? Derrière un site qui cajole les auteurs, se cache un éditeur avec qui vous ne devriez pas avoir envie de travailler.

Les questions à se poser

  • Quels efforts fait la maison d’édition pour que ses livres atteignent directement les lecteurs ?
  • A-t-elle des ressources marketing qui la mettent directement en contact avec le lecteur (emails pour l’envoi de newsletters, réseaux sociaux ou autres endroits pour annoncer les prochaines sorties) ?
  • Assiste-t-elle l’auteur dans ses efforts marketing en organisant des séances de dédicaces, en créant des marques-pages, des cartes postales, etc.

Les facteurs qui ne sont pas déterminants

Je n’ai pas parlé des qualités suivantes parce qu’elles peuvent induire en erreur.

  • Le nombre de titres publiés dans l’année. Une maison d’édition peut faire un travail magnifique ou vraiment nul indépendamment du nombres de titres qu’elle sort. Toutefois, un grand nombre de titres veut dire plus de marketing, de promotion et d’administratif. Méfiez-vous des petites maisons d’édition qui sortent des dizaines ou des centaines de titres chaque année avec peu de moyens humains. Ça veut certainement dire qu’elles s’investissent peu dans les sorties.
  • La gentillesse de l’éditeur. Ne vous faites pas avoir par de belles paroles sur l’amitié entre l’auteur et l’éditeur qui va l’aider à réaliser ses rêves. Ça peut vous sembler plaisant mais ça n’a aucun rapport avec la qualité de la maison. Un éditeur qui cherche à faire ami-ami n’est certainement pas professionnel. (Désolée mais les bons éditeurs ont plutôt tendance à dire les choses froidement. Ça ne les empêche pas d’être bienveillants, ne vous y trompez pas.)

Faire une recherche sur les petites maisons d’édition

Pour savoir quel genre d’expérience ont eu d’autres auteurs avec une maison d’édition, tapez son nom dans un moteur de recherche et ajoutez « arnaque » à la fin. Vous trouverez des conversations et des avertissements s’il y a eu de mauvaises expériences.

Le mot de la fin

Pour quelqu’un qui n’a pas d’expérience dans l’industrie du livre, ça peut être difficile de faire la différence entre une bonne maison d’édition et une qui ne vous apportera rien de plus qu’en auto-édition. J’espère que cet article vous a donné des connaissances suffisantes pour évaluer les mérites d’une petite maison d’édition.

Même si je recommande les petites structures qui prennent au sérieux les quatre points dont j’ai parlé dans cet article, votre choix ne dépend que de ce qui vous convient. À vous et à votre livre. L’article n’est là que pour vous aider à identifier vos besoins, ce qui compte pour vous, puis à vous assurer que la maison d’édition vous offre ce dont vous avez besoin en échange d’un juste partage du profit. Enfin n’oubliez pas qu’il vaut mieux être seul que mal accompagné.

3 Comments

  • Blablasaurhum Posted 11 mai 2020 8 h 01 min

    Encore un super article. Personnellement, je ne pense pas avoir l’énergie de me lancer dans l’auto édition, mais je sais que, quoi qu’il arrive, j’éviterai ce genre de petites maisons qui n’apportent rien par rapport à l’auto édition, et choisirait une énième voie : le tiroir !
    Avant de passer au projet suivant 😉

    • Coralie RAPHAEL Posted 11 mai 2020 9 h 39 min

      Merci, Emma ! Haha, le tiroir, quel dommage ! Pourquoi ne pas publier sur une plateforme comme Wattpad ou sur ton blog entre deux blablas ? 😁

      • Blablasaurhum Posted 12 mai 2020 7 h 19 min

        C’est vrai, j’avoue que je me tâte pour la publication sur le net… 😉
        Après je me dis aussi que l’option « tiroir » peut n’être que temporaire, en attendant/ espérant que l’un des projets trouve preneur ; pourquoi ne pas ressortir à ce moment là les anciens projets et les proposer à cette maison qui sera sans doute plus encline à les publier ?

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