Les 4 différents types de conflits dans le dialogue

Les 4 différents types de conflits dans le dialogue

Les conflits dans le dialogue donne aux auteurs un des meilleurs moyens d’animer leurs histoires et de renforcer leurs intrigues. Une scène un peu calme ? Pas de problème. Ajoutez-y une bonne petite dispute entre deux esprits bien échauffés. Quoi de plus facile ?

En vérité, les conflits dans le dialogue, c’est un peu plus complexe que ça. S’ils se trouvent au plus haut niveau dans chaque scène, les lecteurs vont commencer par se lasser. Et finir complètement ennuyés.

Au premier coup d’œil, le conflit peut sembler rien de plus qu’un… conflit. Mais si vous regardez de plus près, vous serez capable d’identifier quatre types de conflits. Ils sont tous nécessaires pour créer une histoire forte et bien équilibrée. Pour qu’ils soient efficaces, les conflits doivent être variés. Certaines scènes auront besoin de franches confrontations avec une tension maximale. Mais d’autres seront mieux avec avec une tension plus légère et sous-jacente. Ça dépend des personnages présents et de ce qui est en jeu.

J’ai récemment relu Jane Eyre de Charlotte Brontë. J’y ai découvert quatre différents (et tous aussi importants) types de conflits qu’on peut utiliser pour animer les dialogues.

Jane vs. Helen Burns : points de vue opposés, pas d’enjeux

Au début de l’histoire, quand Jane est encore une élève du lugubre pensionnat de Lowood, elle et sa meilleure amie, Helen Burns, ont une discussion qui présente le plus bas niveau du conflit : l’opposition de points de vue.

Dans cette discussion, Jane et Helen s’opposent sur la façon de gérer la persécution dont elles sont toutes les deux victimes. Jane, virulente, parle de défier toute autorité injuste alors que Helen, patiente, suggère une approche plus soumise. Elles campent toutes les deux sur leurs positions mais elles discutent calmement, sans se disputer.

Dans ce genre de conflit, les personnages n’ont (quasiment) rien en jeu. Ni Jane, ni Helen n’entame cette discussion avec un objectif important. Elles n’essaient même pas de faire changer l’autre d’avis. Ce genre de conflit ne menace pas la stabilité de leur relation. Mais il parvient à donner le peps qui aurait manqué si les filles avaient partagé le même point de vue.

Jane vs. Edward Rochester : points de vue opposés, avec enjeux

Il y a un conflit lorsque votre personnage veut quelque chose qui est bloqué par un obstacle extérieur. Obstacle qui vient souvent d’un autre personnage ayant un objectif opposé. Parfois, cet objectif va être intangible voire inconscient chez votre personnage. En apparence, il doit vouloir quelque chose de concret dans chaque scène. Mais les meilleurs passages sont ceux, plus subtiles, où le dialogue révèle qu’il y a quelque chose de plus profond que les apparences en jeu.

Les discussions de Jane avec son employeur Edward Rochester sont au cœur du conflit de cette histoire d’amour. Mais dans de nombreuses scènes, Jane et Edward n’ont pas de désaccords frontaux. Ils se comportent comme de bons amis : ils sont plein de bonnes intentions et désirent comprendre le point de vue de l’autre.

Mais ça ne veut pas dire qu’il passe rien de profond.

Comme Jane et Helen, Jane et Edward discutent souvent de la morale. Jane a une position morale très élevée et ne cède pas sur son intégrité alors qu’Edward plaide pour la compassion et le pardon pour les erreurs humaines. À première vue, leurs discussions animées sont semblables à celles de Jane et Helen. Mais la différence cruciale (et la raison pour laquelle ces conversations ont une tension maximale sur l’échelle du conflit), c’est que les deux personnages ont chacun quelque chose en jeu.

Même quand ils ne l’expriment pas de façon explicite, ils plaident chacun pour leurs mérites à être aimé l’un de l’autre. Edward estime qu’il devrait être pardonné pour les erreurs qu’il a commises (même celle qui est enfermée au dernier étage de son manoir). Quant à Jane, elle soutient qu’elle mérite d’être aimée sans avoir à soumettre son corps et son esprit.

Les personnages ne se disputent pas, il n’y a aucune animosité entre eux. Mais le niveau de conflit est élevé à cause de ce qu’ils ont chacun en jeu.

Jane vs. la bohémienne : buts opposés, faibles enjeux

Nous voici enfin à notre premier cas de pur conflit, grâce au fait que les deux personnages ont dans cette scène des objectifs bien clairs et bien opposés. Ici le conflit ne réside pas dans le sous-entendu (même s’il peut jouer un rôle). Il est surtout question de ce que les personnages veulent bien laisser savoir (et se battre pour, mais de manière civilisée).

Juste avant le milieu du roman, Jane se trouve face à une bohémienne sacrément extralucide (qui s’avère être Edward déguisé). Le but de la bohémienne est d’amener Jane à admettre qu’elle aime son employeur. Le but de Jane est de découvrir ce que mijote la bohémienne sans lâcher d’informations à son sujet.

Avec leurs buts opposés, ces deux personnages sont en conflits dès le début de la scène. Il y a peu d’animosité dans leur discussion mais il n’y a pas de confiance non plus. Les enjeux ne sont pas cruciaux mais suffisamment caractérisés pour être importants aux yeux des personnages et donc à ceux des lecteurs.

Jane vs. Saint-John Rivers : buts opposés, gros enjeux

Quand vous êtes prêts à élever votre conflit au niveau maximal dans un dialogue, vous devez cocher ces trois éléments dans votre liste :

  1. Donner aux personnages des objectifs opposés.
  2. Grossir les enjeux.
  3. Exacerber l’antagonisme.

Dans ce genre de scène, vos personnages veulent chacun quelque chose que l’autre est déterminé à ne pas donner. Et le plus important est qu’il le veulent vraiment. S’ils ne peuvent pas obtenir ce qu’ils convoitent, ce ne sera pas sans conséquences. En réponse à ces enjeux élevés à un niveau critique, les émotions vont atteindre des sommets. Le simple fait qu’un autre personnage se mette en travers du chemin du héros devrait suffire à lui faire passer par toutes sortes d’émotions. C’est à ce moment que les tempéraments s’enflamment, que des menaces sont proférées et que c’est à celui qui vocifère le plus fort. Encore un peu plus de conflit et vos personnages abandonnent le dialogue pour tomber dans la violence physique.

Vers la fin de l’histoire, Jane a un échange passionné et désespéré avec le dernier antagoniste : l’honnête mais froid et calculateur, Saint-John Rivers (son cousin) qui lui demande d’oublier Edward et de devenir missionnaire en Inde. À l’approche du climax, Jane et Saint-John ont une confrontation totale et ne lâchent rien. Si Jane devait abandonner à ce moment-là, elle perdrait tout y compris le respect d’elle-même.

Les dialogues avec d’énormes enjeux comme celui-ci donnent autant (voire plus) de tension et d’excitation que l’utilisation d’armes à feu dans une scène. Mais comme vous pouvez le voir, ces scènes où le conflit est élevé doivent être bien réparties dans l’histoire et bien équilibrées à l’aide de dialogue où le désaccord est à un niveau moins élevé. Si votre plus haut niveau de conflit est capable de communiquer toute son intensité aux lecteurs, il doit être gardé pour les scènes les plus importantes uniquement.

Faites attention aux rythmes de chaque dialogue et à l’importance du but de vos personnages. Modelez l’intensité en fonction des besoins de chaque scène et le conflit de votre histoire captivera le lecteur à chaque page.

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