Qu’attendez-vous de l’écriture ?

Savez-vous ce que vous attendez de l’écriture ?

Oui ? Nickel. Maintenant faites une pause, prenez un stylo, une feuille de papier et écrivez votre réponse. Ça ne devrait vous prendre que quelques secondes.

J’ai découvert que quand on me pose cette question, je pense « oui, bien sûr que je sais. » Puis j’essaie de résumer ça en une phrase. Et je finis par écrire un article de mille mots où je passe de digression en digression. Puis j’hausse les épaules, tente de me convaincre que « si, au fond, je sais » et continue d’écrire.

C’est tout le contraire de ce que je devrais faire. Si je ne sais pas ce que j’attends de l’écriture, qu’est-ce que je fais là en train d’écrire ? Comment savoir si mes mots disent ce que j’attends d’eux ?

En fait, ce n’est pas une question très difficile. Elle va de pair avec une autre question plus fondamentale. Pourquoi écrivez-vous ? Ça semble difficile parce que dans notre tête nous pensons pouvoir séparer ces deux questions. La plupart des gens vont répondre : « J’écris parce que j’en ai besoin. » Puis ils poursuivront : « Mais j’aimerais en vivre aussi. »

Ça ne marche pas comme ça. La raison pour laquelle vous écrivez est toujours la clé de ce que vous attendez de l’écriture.

Comment savoir pourquoi vous écrivez ?

Trouver la vraie raison pour laquelle vous écrivez est un peu comme un exercice où il faut aller au cœur du sujet.

On vous a peut-être déjà conseillé d’avoir un elevator pitch (argumentaire éclair) pour votre livre (juste une phrase qui capture l’essence de votre roman). C’est exactement ce qu’il faut quand on cherche la raison pour laquelle on écrit. Un elevator pitch d’une phrase.

Pourquoi juste une phrase ? Parce que si vous vous autorisez plus d’une phrase, vous allez chercher à écrire tout ce que vous voulez inclure, tout ce que vous pensez devoir inclure. Parce qu’en faisant ça, vous évitez d’avoir à réfléchir à la seule chose qui importe le plus. Le problème, c’est que le manque de clarté va venir vous hanter plus tard dans votre carrière, surtout quand vous vous trouverez face à des choix, des opportunité, et des dilemmes, que la solution sera de poursuivre un objectif mais d’en négliger d’autres et que vous finirez par regretter le résultat.

Techniques pour créer votre objectif en une phrase

Une des choses qui m’ont été d’une aide incroyable était d’écrire librement. Choisir un sujet et simplement écrire sans restrictions jusqu’à ce que je sois allée au fond de ma pensée et que je n’aie plus rien à dire. Vous pouvez en faire un exercice comme écrire une lettre à vous-même dans le futur pour vous dire ce que vous désirez. Ou vous pouvez faire écrire une version plus vieille et désabusée de vous-même à un thérapeute imaginaire pour lui dire pourquoi vous êtes déçu de ce que votre vie d’écriture est devenue. La clé c’est : lancez-vous et continuez d’écrire. Quand vous avez posé sur le papier tout ce qui était dans votre tête, vous serez étonné du résultat.

Le brainstorming et le mind mapping sont aussi des techniques que j’ai eu l’occasion d’utiliser. Elles ne doivent pas être confondues. Pour le brainstorming, il vous faut une feuille de papier/un carnet/un tableau blanc et un stylo/un crayon/un marqueur. Puis écrivez tout ce que vous pensez sur un sujet donné. Il n’y a pas de règles, pas de techniques, juste une folle orgie d’anaphorismes que vous allez ensuite, dans une session suivante, analyser pour voir quels sont les thèmes récurrents et les surprises que vous avez déterrés.

Le mind mapping, c’est une approche plus méthodique qui consiste à creuser pour trouver ce qui vous motive vraiment. C’est la technique parfaite si vous savez quel est votre objectif de façon générale (par exemple, « plaire aux lecteurs ») mais souhaitez le rendre plus précis. Ou pour comprendre quels sont les lecteurs que vous désirez et savoir exactement comment vous voulez leur faire plaisir, ce que ça ferait d’être un lecteur accro à votre travail.

Le plus grand ennemi quand on se fixe un objectif : la généralité

Il y a deux gros problèmes avec les rêves trop généralistes :

  1. Un objectif approximatif va inclure à la fois des choses que vous voulez et que vous ne voulez pas, ce qui peut mener à une désillusion. Un exemple évident serait de dire que vous voulez être célèbre. Il y a des chances que ce que vous voulez dire par là c’est que quand les gens parlent de livres, ils pensent à vous comme d’un bon auteur. En revanche, vous ne voulez pas du paparazzi campé devant votre maison en attendant que vous sortiez acheter votre baguette de pain. Donc ne dites pas que vous voulez être célèbre. Dites que vous voulez être un auteur dont on se souvient, quelqu’un dont le nom est synonyme de coup de cœur littéraire.
  2. « À quoi ça ressemble de réaliser son rêve ? » C’est une question très importante à laquelle il faut répondre. Mais sans objectif précis, vous aurez du mal à y répondre. Résultat : vous pourrez avoir des années de flottements. Vous ne vous sentirez pas forcément mal dans ce que vous faites mais vous ne serez pas très épanoui non plus. Vous passerez juste d’une chose à une autre.

Ce n’est qu’en passant du temps de qualité à délimiter votre objectif pour le rendre plus précis, plus imaginable et plus concret que vous pourrez éviter les embûches du vague et de la généralité.

Quand avez-vous fait le tour de la question ?

Dans l’idéal, attendez quelques jours avant de relire vos listes, vos cartes, vos mots écrits dans le désordre le temps de laisser tout ça travailler dans votre tête en arrière-plan et que vos pensées se transforment en une seule phrase.

Comment savoir quand vous avez fini ? L’objectif que vous vous êtes fixé, est-il vraiment celui que vous visez ? Ou est-il important pour une autre raison ? Si c’est le cas, alors c’est cette autre raison qui est votre véritable objectif. Par exemple, beaucoup de gens disent « je veux être lu ». Ce n’est pas très précis. Pour commencer, par qui ? Mais le vrai problème c’est que dans la plupart des cas, les auteurs ont une raison de vouloir être lus. Ça peut être « je veux que quelqu’un comprenne mon histoire » ou « je veux qu’un professionnel de l’édition me dise que j’ai du talent. » Ces deux objectifs bien précis peuvent être regroupés sous l’objectif plus général « je veux être lu. » Mais ils sont très différents et leurs réalisations seront différentes aussi. Voilà pourquoi un véritable objectif est important pour éviter d’être déçu plus tard.

Imaginez à quoi ça ressemblerait d’atteindre votre objectif. Souvent, le seul fait de pouvoir l’imaginer facilement ou au contraire, la difficulté à le visualiser peut être un indice pour savoir si c’est bien ce que vous souhaitez (ou pas). Si vous avez des difficultés à imaginer ce que serait votre vie une fois votre objectif atteint, c’est que cet objectif est encore un peu trop vague.

Le cri du cœur

À la fin, vous devriez avoir une seule chose bien précise, ce que vous attendez de l’écriture, la chose pour laquelle vous voulez tout le reste. Votre tâche est maintenant d’exprimer cet objectif en une seule phrase. Tournez-la bien, dans un style accrocheur. C’est la phrase la plus importante que vous allez écrire. C’est votre cri du cœur. Cette phrase vous soutiendra et sera votre boussole durant tout votre voyage d’écrivain.

Une fois que vous avez trouvé cette phrase, vous pouvez l’écrire (ou l’imprimer mais l’écrire c’est mieux, ça crée une sorte de connexion) sur une feuille de papier, plastifier cette feuille et l’épingler au mur au-dessus de votre bureau. Vous pouvez aussi la mettre sur vos cartes de visite ou personnaliser une coque de smartphone avec cette phrase. Souvenez-vous en à tout moment, peu importe où vous vous trouvez. Vous pouvez même en faire le slogan de votre site. C’est votre définition du succès, la seule définition qui doit vous importer à partir de maintenant.

2 Comments

  • Laure GOMBAULT Posted 20 juin 2020 11 h 54 min

    Superbe article Coralie, comme d’habitude. Merci d’éclairer ma vie d’auteure

    • Coralie Raphael Posted 20 juin 2020 15 h 54 min

      Oh ! Merci à toi de me lire, Laure !

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