12 astuces pour améliorer vos descriptions

Chaque histoire existe quelque part entre l’imagination de l’auteur et celle du lecteur. En tant qu’auteur, vous créez l’histoire, mais une fois qu’elle quitte vos mains, elle ne vous appartient plus. Elle devient ce qu’en fait le lecteur. C’est pourquoi il est essentiel de trouver un juste équilibre dans la description (ni trop ni trop peu).

Une bonne description permet de brosser un tableau clair, sans pour autant entrer dans les moindres détails. Une bonne description construit et approfondit la réalité de l’histoire de manière vivante, mais laisse également au lecteur la possibilité d’imaginer certaines caractéristiques et qualités du monde. Ce travail (cette imagination) implique le lecteur dans l’histoire. Il lui permet de s’approprier l’histoire et de s’y connecter, voire de participer à sa création.

En gros, une bonne description est essentielle pour donner vie à une histoire. Pourtant, on est parfois effrayé par cet aspect de l’écriture. On craint que nos images ralentissent l’intrigue ou ennuient le lecteur. On peut penser que le cadre et la réalité physique ne sont pas vraiment nécessaires. On peut craindre de ne pas être doué pour la description. Voici quelques conseils pour aborder cette question dans votre travail :

  1. Ayez une bonne connaissance de votre cadre. Le lieu est essentiel à toute histoire. Il définit la portée des actions de vos personnages. Où ils vont, ce qu’ils ressentent, voient, entendent, goûtent et touchent, l’ampleur de l’impact qu’ils ont sur le monde qui les entoure, le nombre de personnes avec lesquelles ils interagissent, la richesse de leur vie, etc. Faites des choix bien réfléchis concernant votre cadre. Urbain ou rural ? Beau ou laid ? Familier ou inconnu ? Sûr ou périlleux ? Intéressant ou ennuyeux ? Spacieux ou exiguë ? Lumineux ou sombre ? Agréable ou rebutant ? Le cadre définit la taille et la forme de l’histoire.
  2. Une fois que vous avez choisi un cadre, soyez précis sur sa nature. Votre cadre ne doit jamais sembler vague ou à moitié imaginé. Certains auteurs dessinent des cartes ou le paysage. D’autres créeront un plan de la maison dans laquelle vivent leurs personnages. Si votre histoire se déroule en extérieur, soyez attentif au terrain, à la saison de l’année, au feuillage, au temps, à la couleur et à la texture du ciel. Si votre histoire se déroule à l’intérieur, soyez attentif à l’architecture, au type de mobilier, à l’atmosphère de la pièce (étouffante, spacieuse, confortable, encombrée), à la quantité et à la qualité de la lumière, à l’odeur de l’air. Cela ne signifie pas que vous devez décrire tous ces éléments en détail, mais plus vous serez conscient de votre cadre, plus vous serez en mesure de le capturer et de l’intégrer à l’histoire.
  3. N’oubliez pas d’utiliser les cinq sens. De nombreux auteurs ont un « sens par défaut » qu’ils utilisent par réflexe quand ils rédigent une description. (Pour la plupart d’entre nous, il s’agit de la vision. De très nombreux auteurs décrivent l’aspect des choses sans aller plus loin). Faites attention au « sens par défaut » que vous utilisez et essayez de vous défaire de cette habitude quand c’est possible. L’odorat, en particulier, peut être incroyablement évocateur lorsqu’il est bien écrit. Pensez à la température, aux sons ambiants, à la sensation du sol, au goût de l’air.
  4. La description peut faire écho à l’ambiance d’une histoire et la renforcer. Ce n’est pas pour rien que tant de scènes d’amour se déroulent sous une pluie battante. Votre description peut accentuer, modifier ou refléter ce que vos personnages ressentent. La même interaction semblera différente si elle se déroule dans un manoir labyrinthique, une ruelle sombre ou une aire de jeux pour enfants. Si deux personnages sont en train de se disputer, les placer dans une pièce exiguë accentuera la tension, tandis que les placer dans un champ balayé par le vent la désamorcera. Un orage imminent crée une sensation de pressentiment. La chaleur ralentit l’histoire. Une brise froide refroidit également le lecteur. Réfléchissez à la façon dont vos descriptions peuvent affecter l’émotion et l’action de l’histoire.
  5. Il est aussi important de décrire vos personnages que le décor. La réalité physique rend ces personnes réelles pour le lecteur. Certains auteurs dessinent leurs personnages. D’autres utilisent les traits de caractère de personnes qu’ils connaissent. D’autres encore dressent une liste d’attributs physiques et mentaux pour chaque personnage. Assurez-vous de savoir à quoi ressemblent vos personnages. Veillez à ce que vos descriptions soient cohérentes.
  6. Quand vous décrivez des personnes, évitez la couleur des cheveux et des yeux, ainsi que la taille et le poids. Pensez plutôt à la façon dont vous pourriez décrire vos amis. Connaissez-vous la taille et le poids de vos amis ? Pensez-vous à la couleur de leurs yeux ? Ces caractéristiques ne sont pas aussi intéressantes que d’autres attributs plus complexes. Pensez aux gestes de vos personnages, à la forme de leur visage, à leur démarche, à leurs fossettes, à leurs cicatrices, à leur façon de rire, à leur dentition, à leur posture, à leur sens de la mode, à leur odeur, à leur tonalité vocale, etc.
  7. Pensez en termes de « détails révélateurs » : des détails qui permettent au lecteur de voir vos personnages tout en révélant quelque chose sur leur état d’esprit. De cette façon, vos descriptions peuvent faire double emploi : donner au lecteur une image physique tout en montrant une caractéristique mentale. Si une femme a les cheveux en bataille, ça permet au lecteur de la voir, mais ça révèle aussi quelque chose sur l’estime de soi et le degré de coquetterie du personnage. Si un homme a des lunettes teintées sans monture et une bouche sèche et tendue, ça permet au lecteur de le voir, et ça révèle également beaucoup de choses sur la personnalité du personnage.
  8. Variez la longueur de vos phrases. Si vous préférez les phrases longues, sinueuses et complexes, n’oubliez pas que l’excès de ce style peut submerger et épuiser le lecteur. Faites une pause et incluez des phrases plus courtes de temps en temps. Si, au contraire, vous préférez les phrases brèves, hachées, saccadées, rappelez-vous que l’excès de ce genre de prose peut donner une sensation de souffle court et de frénésie. Faites une pause et incluez de temps en temps une longue phrase rêveuse pour calmer le lecteur.
  9. La description peut être particulièrement utile pour écrire des dialogues. Si vos personnages conversent pendant un long moment, ils peuvent sembler désincarnés. Le lecteur peut ne plus savoir qui parle ou oublier où se trouvent les personnages. Il est important d’inclure des images et des descriptions à intervalles réguliers pour ancrer les voix des personnages dans la réalité. Un paragraphe de description peut ralentir une interaction qui ressemble à un match de ping-pong. Il peut calmer une interaction intense et passionnée. Il peut donner au lecteur le temps d’assimiler de nouvelles informations. Il peut ajouter des nuances et une subtilité non verbale aux personnages, tout en mettant en valeur ce qui est dit.
  10. Chaque nouvelle scène doit comporter au moins un paragraphe de description pour préciser où se trouvent les personnages et qui est présent. Ça doit se faire assez tôt dans la scène. Si vos lecteurs se sentent perdus, ils seront incapables de se laisser embarquer et de plonger dans l’histoire ; ils seront trop occupés à essayer de comprendre ce qui se passe. Ne laissez jamais vos lecteurs ignorer qui, quoi, quand et où. Expliquez-leur tout de suite la situation. Dites-leur qui se trouve dans la pièce. Situez votre histoire dans un lieu et un moment précis.
  11. Trop de descriptions peuvent alourdir une histoire, mais pas assez peut avoir l’effet inverse, et donner l’impression que les personnages sont en apesanteur et détachés de la réalité. Cependant, pensez-y uniquement pendant le processus de révision. Vous ne devriez pas vous en préoccuper lorsque vous écrivez activement quelque chose de nouveau. En matière de description, trouver le bon équilibre demande du temps, de l’espace et un esprit clair qu’on obtient en retravaillant une œuvre terminée et non pendant la phase de création. Pendant que vous écrivez, ne vous inquiétez pas de savoir si vous utilisez trop ou pas assez de descriptions. N’hésitez pas à expérimenter et à commettre des erreurs. En cas de doute, écrivez plus de descriptions que nécessaire. Vous pourrez toujours retirer des éléments par la suite.
  12. Toutes ces règles, comme toutes les règles en matière d’écriture, doivent être enfreintes si nécessaire.
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Coralie Raphael
Je parle beaucoup d'auto-édition et essaie d'aider les auteurs à comprendre dans quoi ils mettent les pieds. Parfois j'écris aussi des livres. En savoir plus.
Publications: 179

2 commentaires

  1. C’est vachement dur, de faire de bonnes descriptions. ^^ Pour moi, le secret, c’est la réécriture. Une bonne description doit être réécrite plusieurs fois, si ce n’est dix fois, vingt fois, jusqu’à arriver au résultat le plus juste et le mieux rythmé possible.
    Déjà, il faut connaître ce qui est décrit, et le connaître bien, quitte à faire des recherches pour ne pas dire n’importe quoi. (Beaucoup cèdent à l’appel de la description « en gros c’est comme ça ». Mais c’est tellement génial, les descriptions bien précises ! Soyons exigeants, allons loin dans le détail ! )
    Ensuite, il faut savoir qui parle. Qui est le narrateur ? Est-ce l’auteur ? Est-ce un personnage ? Est-ce que l’observateur décrit le lieu pour la première fois ? Est-ce la première fois de sa vie qu’il mange une courgette ? Est-ce qu’il aime, est-ce qu’il n’aime pas ? A-t-il déjà été traumatisé dans le passé par une courgette ? Tout ça doit transparaître à la lecture. Les descriptions sont subjectives. Dix personnes regardant un même paysage y verront dix choses différentes.
    Et enfin, est-ce qu’il se passe quelque chose ? Ou la scène est-elle figée ? On ne peut pas décrire de la même manière une rue déserte au beau milieu de la nuit, ou cette même rue pendant une journée de manifestation houleuse.
    Une description ne doit pas être une carte postale. (Elle peut l’être, mais elle ne doit pas forcément l’être) Elle doit être active, faire vibrer, être intéressante et surtout, faire avancer l’intrigue.
    Une description qui n’apporte rien au lecteur ni à l’histoire mérite qu’on s’interroge sur son utilité dans le récit, aussi bien écrite soit-elle.

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