Choisir l’autoédition ou l’édition traditionnelle

Vous vous demandez si vous devez vous autopublier ou tenter votre chance auprès d’une maison d’édition ? Vous n’êtes pas le seul. De nombreux auteurs se posent la même question, quel que soit leur parcours professionnel ou leur notoriété.

L’autoédition n’est pas toujours bien vue. On y voit encore parfois un échec ou une excentricité de l’auteur. Mais les temps changent. La plupart des auteurs autopubliés sont fiers de leur indépendance. Ils ne voient pas pourquoi ils donneraient aux maisons d’édition l’occasion de se faire de l’argent sur leur dos.

Mais il n’y a pas une seule bonne réponse à ce sujet, car tout dépend du contexte. Ça signifie que la bonne réponse peut changer d’un livre à l’autre, et d’une année à l’autre. Y compris pour un même auteur.

Cet article présente ce que je pense être les principaux facteurs qui entrent en ligne de compte dans cette décision.

1. Espérez-vous ou souhaitez-vous voir votre livre dans les rayons des librairies ?

Il est pratiquement impossible pour un auteur indépendant ayant publié un seul titre d’obtenir une distribution à grande échelle de son livre en librairie. Votre livre sera peut-être en rayon dans une librairie locale, surtout si vous avez de bonnes relations ou si vous êtes une personne connue dans votre communauté. Mais dans la plupart des cas, les livres d’un auteur indépendant se vendront principalement en ligne, peu importe que le format soit physique ou numérique. Ce n’est plus vraiment un inconvénient aujourd’hui : le livre, physique ou numérique, s’achète de plus en plus en ligne.

Notez également qu’à défaut d’être en rayon, en passant par certaines plateformes d’autoédition, votre livre peut être commandé en librairie.

2. Voulez-vous figurer sur la liste des meilleures ventes d’Edistat ou attirer l’attention des médias ?

Si votre objectif est de figurer sur la liste des meilleures ventes d’Edistat, vous aurez probablement besoin de l’appui d’une grande maison d’édition. Il est également très difficile de gagner l’attention des médias pour un auteur indépendant. (Les auteurs publiés en maison d’édition luttent également, mais pas autant.)

Cela dit, il n’est pas rare de voir des auteurs indépendants figurer sur la liste des meilleures ventes d’Amazon. Et si votre livre s’adresse à un public de niche, les médias qui s’adressent à ce public seront probablement disposés à partager votre travail.

Il est très difficile d’obtenir une couverture médiatique ou même d’engager un publicitaire quand vous êtes un auteur indépendant. Les nouveaux auteurs sont parfois frustrés de voir à quel point ils sont ignorés par les médias. Les grandes maisons d’édition ont beaucoup plus de facilité à ouvrir ces portes.

3. Votre livre s’adresse-t-il à un lectorat particulier que vous pouvez atteindre (ou avez déjà atteint) par vos propres moyens ?

Il n’est pas très utile de signer chez une maison d’édition quand vous touchez déjà facilement le lectorat par vos propres moyens. Ça peut être par le biais de votre entreprise, de votre site/blog, de vos conférences ou de tout autre moyen qui vous met en contact avec vos lecteurs.

Mais si vous attendez d’un livre qu’il fasse grossir votre lectorat (ou pour vous aider à changer de genre littéraire), un éditeur peut être utile pour préparer le terrain, vous obtenir l’attention des médias ou étendre la distribution de manière à soutenir ces objectifs.

4. Quelles sont les qualités du lectorat ou du marché que vous visez ?

Certains genres littéraires sont parfaits pour l’autoédition. C’est le cas quand le lectorat est déjà prêt à consommer des ebooks et à découvrir sa prochaine lecture sur Internet. La romance et l’érotisme en sont de bons exemples.

Mais il existe d’autres marchés sur lesquels vous aurez beaucoup de mal à vous imposer. Soit parce qu’ils n’ont pas encore adopté l’ebook, soit parce que les maisons d’édition continuent à jouer un rôle important de gardien, en apportant la validation et la sélection nécessaires ou souhaitées. Les œuvres littéraires sont l’un de ces marchés. Vous aurez du mal à vous faire accepter dans ce milieu si votre œuvre n’a pas été sélectionnée par un éditeur, et le lectorat concerné préfère encore le papier.

Les livres pour enfants (en particulier pour les jeunes lecteurs) sont un autre domaine où il peut être difficile de se faire accepter sans maison d’édition. Les enseignants, les bibliothécaires et les autres personnes susceptibles de présenter des livres aux enfants ont tendance à se tourner vers les maisons d’édition pour guider leurs choix. Les auteurs indépendants doivent avoir un très haut niveau de compétence et de qualité dans le domaine de l’édition pour attirer l’attention (ou avoir beaucoup de chance).

5. Jusqu’où êtes-vous entrepreneur ?

Devenir un auteur indépendant signifie que vous êtes entièrement responsable du succès de votre livre. Si vous débutez, vous avez peut-être peu ou pas de connaissances de ce à quoi ressemble un livre publié par un professionnel. Vous ne comprenez peut-être pas le processus d’édition, ni le fonctionnement de la vente et de la distribution, etc.

Vous devez avoir l’esprit d’entreprise pour vous lancer sérieusement dans l’autoédition et être prêt à apprendre le métier de l’édition. Certains auteurs ne sont pas désireux d’apprendre et préfèrent sous-traiter la plus grande partie du travail possible. Ce n’est pas nécessairement une mauvaise chose (en tant qu’auteur indépendant, vous pouvez engager qui vous voulez pour vous aider). Mais la personnalité de certains auteurs ne convient pas vraiment aux exigences d’une autoédition professionnelle.

Si vous préférez travailler en équipe, ou avoir un partenaire commercial, l’édition traditionnelle vous convient peut-être mieux. Il existe également des plateformes d’autoédition qui peuvent jouer ce rôle, mais certains auteurs n’ont pas les moyens de payer une aide de qualité et/ou ne savent pas à quoi ressemble une aide de qualité.

Un bon auteur indépendant doit également avoir un certain niveau de compétence et d’aisance pour être actif sur le Net. Comme la plupart de vos ventes se feront en ligne, vous devez vous montrer et vous familiariser avec la façon dont les livres sont marketés sur Internet. Vous aurez besoin d’un site d’auteur professionnel, d’un certain niveau d’activité sur les réseaux sociaux et de bonne volonté pour expérimenter des tactiques de vente et de marketing en ligne.

6. Recherchez-vous la validation, les conseils et le soutien d’un éditeur ?

Certains auteurs rêvent de travailler avec une maison d’édition, et rien ne pourra les satisfaire tant qu’ils n’auront pas connu cette expérience. Il n’y a pas de quoi avoir honte ; en fait, si vous arrivez à comprendre ça le plus tôt possible, vous vous épargnerez beaucoup de temps et d’efforts perdus dans l’autoédition.

Le problème, c’est qu’une fois que vous saurez ce qu’une maison d’édition a à offrir, vous risquez d’être déçu. Ou peut-être pas. Les expériences des auteurs varient tellement (même au sein d’une même maison d’édition) qu’il est très difficile de généraliser.

Ne vous servez pas de l’autoédition pour tenter de signer avec une maison d’édition

Je pense que se servir de l’autoédition comme un tremplin vers l’édition traditionnelle est à éviter. De tels efforts échouent dans 99 % des cas. Même s’il y a moins de mépris pour l’auteur indépendant (du moins pour la plupart des genres), une fois que vous avez autopublié un livre, il sera extrêmement difficile de susciter l’intérêt d’un agent ou d’un éditeur pour ce livre. Mais vous pouvez réussir à leur vendre votre prochain projet.

Bien entendu, il existe des exceptions. Tout le monde a déjà entendu parler de Mémé dans les orties d’abord autopublié puis repris par les éditions Michel Lafon. Mais il s’agit là de cas isolés, qui ne sont pas représentatifs de l’expérience moyenne d’un auteur.

Le manque de patience des auteurs

Certains auteurs s’autopublient principalement parce qu’ils n’ont pas la patience d’envoyer leurs manuscrits aux maisons d’édition et d’attendre une réponse. Ou alors ils veulent la gratification instantanée de la mise sur le marché de leur œuvre. Mais là encore, je ne pense pas que ce soit une bonne raison de s’autopublier. Certains auteurs se disent : « Pourquoi ne pas m’autopublier maintenant et faire le tour des agents et des éditeurs plus tard ? » et finissent par être déçus par les résultats. Si vous vous intéressez de près ou de loin aux maisons d’édition, commencez par faire le tour de toutes les possibilités offertes par les agents et les éditeurs. Faites-vous rejeter (même si c’est très douloureux), puis autopubliez-vous. C’est très difficile d’avoir du succès dans l’autre sens.

Les revenus

Le premier argument en faveur de l’autoédition (du moins au sein de la communauté de l’autoédition elle-même) est peut-être que vous gagnerez mieux votre vie qu’en signant chez une maison d’édition. Ça peut être vrai. Il est possible de vendre beaucoup moins d’exemplaires en tant qu’auteur indépendant et pourtant gagner plus que ce qu’un contrat d’édition vous rapporterait ; il est également possible de vendre plus d’exemplaires en tant qu’auteur indépendant, mais ne pas gagner autant que l’avance et les redevances d’un éditeur. Tout dépend du livre et du type de contrat qui vous est proposé.

Les chances de réussir en autoédition ne sont pas vraiment différentes de celles en édition traditionnelle. Quelques auteurs finissent par devenir des superstars qui enchaînent les best-sellers. Certains auteurs s’en sortent très bien. Et la majorité n’en vit pas. Les auteurs indépendants peuvent découvrir que le marketing et la promotion de leurs livres sont beaucoup plus difficiles qu’ils ne l’imaginaient. Les carrières en autoédition prennent généralement des années (et quatre ou cinq livres) avant de gagner en popularité et de générer des revenus significatifs. Êtes-vous prêt à écrire plusieurs livres et à les promouvoir, mois après mois, année après année ?

Je l’ai déjà dit : chaque auteur est différent, et chaque livre est différent. Si vous connaissez votre marché cible et que vous avez des objectifs clairs pour votre livre, vous devriez être en mesure de déterminer quel chemin de publication vous convient le mieux.

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Coralie Raphael

Je parle beaucoup d'auto-édition et essaie d'aider les auteurs à comprendre dans quoi ils mettent les pieds. Parfois j'écris aussi des livres.
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2 commentaires

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  1. C’est l’article que j’avais besoin de lire ! J’ai édité l’un de mes livres en ME, un autre en autoedition et en effet ce n’est pas facile.. Mais rien ne l’est en fait ! Pour mon 3 ème, j’aimerais le soutien d’une ME, j’attends toujours des réponses… Par contre j’ ai décidé de rester en autoedition pour ma série Enora. Pour le placement en librairie c’est sûr qu’en autoedition c’est compliqué !

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