6 questions à : Georgina Tuna Sorin

6 questions à : Georgina Tuna Sorin

Georgina Tuna Sorin est une ancienne journaliste et auteure d’une émouvante duologie. Le premier tome, Demain le jour se lèvera, est bien installé dans les meilleures ventes de la boutique Kindle et a été récompensé par le prix Lions Club International (Ouest). La suite de cette belle histoire d’amour et d’amitié, À la lueur de nos pas accordés, connaît elle aussi un beau succès. Elle travaille actuellement sur un roman jeunesse illustré qui devrait voir le jour cet automne.
Elle nous parle ici d’écriture journalistique, d’écriture narrative et d’auto-édition.


3 questions sur l’écriture

Tu es une ancienne journaliste, l’écriture a donc toujours été ton métier ; de quelles compétences journalistiques t’es-tu servie pour écrire tes romans ? Et lesquelles as-tu laissées de côté ?

Je dirais cette curiosité de creuser un sujet, de trouver des sources fiables pour donner l’information la plus précise sur le thème abordé. Et paradoxalement, l’écriture de fiction permet de sortir du côté objectif d’une information. Lorsque j’écris un roman, une histoire, cette information me sert de base. Je l’investis ensuite à travers le prisme de mes expériences, de mes ressentis. Ou de ce que j’ai pu observer chez les gens ou des situations qui m’entourent, qu’ils me soient proches ou non. L’écriture est plurielle, ne dit-on d’ailleurs pas que tous les sujets ont déjà été traités, mais pas du point de vue d’un auteur qui le traite pour la première fois ? L’écriture de fiction m’offre une liberté que je n’avais pas en tant que journaliste, et c’est heureux. J’aime les deux façons d’écrire, elles revêtent des objectifs bien différents.

Quel désir est arrivé le premier : le journalisme ou la fiction ?

Le journalisme, sans aucune hésitation. Dès mon plus jeune âge, je rêvais de devenir journaliste. Je pense pouvoir dire que c’était une vocation. J’ai adoré exercer cette profession pendant plus de dix ans.

Qu’est-ce qui t’a inspiré l’histoire de Demain le jour se lèvera et de sa suite, À la lueur de nos pas accordés ?

L’histoire de Demain le jour se lèvera m’est apparue suite à une panne de mon lave-vaisselle. Chaque fois que je le raconte, je réalise l’absurde de la situation. Avec mon mari, nous regardions un film, lorsque le lave-vaisselle s’est mis brusquement à émettre des sons inquiétants. Bip… Bip… Bip… Je lui ai demandé d’aller voir, craignant que l’appareil ne soit en expérience de mort imminente. Mon mari a coupé l’eau, débranché le lave-vaisselle pendant que j’écrivais la première ligne du roman. « Bip… Bip… Bip… » J’ai écrit ce roman en déroulant le fil, comme souvent. Pour le second tome, À la lueur de nos pas accordés, j’avais la suite bien en tête, mais pas l’intention de l’écrire. Les retours de lecteurs m’ont encouragée à la coucher sur papier.

3 questions sur l’auto-édition

L’auto-édition était ton premier choix ou ton dernier recours ?

Je préfère prévenir, cette réponse sera longue comme un jour sans fin (rires). Ni l’un ni l’autre. Je n’écrivais pas dans l’optique d’être publiée, ou de partager mes histoires. J’écrivais des histoires pour mes filles, j’ai mis un moment à les faire sortir de mon « cercle 1 ». Quand j’ai finalement soufflé timidement que j’avais écrit plusieurs romans à quelques personnes autour de moi, et qu’ils se sont montrés curieux de les lire, j’ai envoyé le manuscrit à une dizaine de personnes : mon grand-frère, mes amies les plus proches, ainsi qu’à la maman d’une amie, férue de lecture. Les retours ont été très positifs, enthousiastes, même. Mais une petite voix me soufflait que, forcément, leur avis n’était pas objectif. Les garder dans un cercle privé me convenait parfaitement. C’est eux qui m’ont poussée à aller plus loin.

Je n’ai jamais envoyé ces deux manuscrits à des maisons d’édition dites traditionnelles. Mais je l’ai fait pour un autre roman, parce qu’à l’époque, j’avais une vision assez binaire des choix qui s’offraient à un auteur : édition traditionnelle ou édition à compte d’auteur. La deuxième n’était pas une option à mes yeux. J’ai donc tenté la voie classique, sans grande conviction. Quand je relis le manuscrit envoyé, j’ai presque honte, il est à revoir en profondeur. Les retours négatifs, même si argumentés pour certains, m’ont donné l’excuse parfaite : si les professionnels du secteur estimaient que mon roman ne méritait pas d’être publié, c’est qu’il ne méritait pas de l’être. Mes proches continuaient de me pousser à partager mes histoires. Je le dis sans aucune hésitation : sans eux, elles ne seraient jamais sorties du fond de mon tiroir.

J’avais bien sûr entendu parler de l’auto-édition, mais ce n’était pas pour moi : je ne me sentais pas les épaules et manquais de compétences pour assumer la publication d’un roman en solo. Écrire, je sais faire, enfin, je crois (rires). Créer une couverture, corriger mon propre texte, le mettre en page… Le processus me semblait trop compliqué, et trop onéreux. J’ai découvert Librinova au détour d’une interview de Charlotte Allibert, co-fondatrice de la start-up. J’ai aimé la philosophie de l’entreprise, la bienveillance qui se dégageait de son discours. J’ai creusé un peu, pris des renseignements, comparé avec les autres acteurs du secteur.

Librinova m’offrait cette sécurité et cet accompagnement dont j’avais besoin pour me lancer. Et je ne saurais pas l’expliquer, je me suis sentie en confiance. L’aventure était lancée. Un grand saut dans le vide, de nombreuses tergiversations. L’envie de tout arrêter en cours de route. Puis, mon roman, pas encore publié, parmi les cinquante finalistes du Prix des étoiles. Entre mon inscription chez Librinova et la publication du roman, il s’est passé plus de trois mois. J’ai pris mon temps, et je ne le regrette pas.

Ton environnement journalistique t’a-t-il aidé à faire connaître tes livres ?

Ça peut paraître étrange, mais en dehors d’un cadre strictement professionnel, je ne suis pas du genre à réseauter. Je déteste solliciter les gens pour des services ou pour obtenir quelconque aide. Je n’ai donc contacté ni mes anciens collègues, ni mes anciens camarades de promotion. Je ne suis pas naïve, mon cercle d’amis, notamment sur les réseaux sociaux, m’offre une visibilité de fait. J’ai partagé l’annonce de la parution, ils l’ont forcément vue passer. Je n’aime pas forcer les événements. Les choses arrivent quand — et si — elles doivent arriver. Je voulais que l’on parle de mon livre s’il méritait qu’on parle de lui, pas pour me rendre service.

Quels avantages et désavantages as-tu rencontrés en auto-publiant tes livres ?

L’avantage, et il est non négligeable à mes yeux, est la liberté offerte par l’auto-édition. Celle d’écrire et de publier à son rythme, celle de ses choix, à tous les stades du processus. De l’écriture à la publication en passant par la couverture, rien n’est imposé, subi. Mais l’auto-édition présente l’inconvénient de cet avantage : on est seul. Et parfois un peu perdu.

Quelle est la leçon la plus importante que tu as retenue au sujet de l’auto-édition et qui pourrait être utile aux auteurs débutants ?

Cette question me permet de compléter la réponse donnée à la précédente. Pour moi, la clé, c’est d’être bien entouré. Être seule ne signifie pas tout faire seule. Au fil des mois, je me suis constitué un réseau. Que ce soit parmi la communauté littéraire, au sein de laquelle j’ai noué des relations, et même certaines amitiés. Mais aussi parmi les professionnels indépendants, qui m’accompagnent désormais tout au long du processus : correcteur, graphiste, diffuseur… J’aime l’idée de créer un cercle vertueux entre travailleurs indépendants. Je ne regrette rien de mon parcours. Aurais-je pu faire mieux, plus vite, différemment ? Sans aucun doute. Mais je ne renie aucun des choix que j’ai faits jusqu’à présent, et qui pourraient être qualifiés d’erreurs par certains. Je ne les perçois pas comme tels. Je les considère au contraire comme faisant partie intégrante de mon apprentissage, de mon parcours.

Je n’aime pas donner de conseils, je ne me sens pas légitime pour le faire. Mais je me permettrai celui-ci : la communauté littéraire (sur les réseaux sociaux notamment), est bienveillante, même si, comme dans toutes les familles, il y a parfois quelques éclats de voix. Il ne faut pas hésiter à poser des questions, demander des recommandations. La plupart des auteurs prendront le temps de répondre. Cela m’a souvent fait gagner beaucoup de temps, et évité certaines erreurs.

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