Comment savoir si la toile de fond ruine l’histoire ?

Comment savoir si la toile de fond ruine l’histoire ?

La toile de fond, c’est les événements qui se sont déroulés avant que la narration débute. La plupart des histoires en ont une parce qu’elles commencent rarement au début de la vie d’un personnage. Mais les auteurs ont tendance à mal l’employer ou à en mettre trop.

Il y a deux questions à se poser quand on parle du contexte. La première c’est comment le présenter (avec un flashback frappant, par exemple). Et la deuxième c’est : les événements qui appartiennent au passé, doivent-ils faire partie de l’intrigue principale ?

Voici 4 façons potentielles de ruiner l’efficacité de votre roman avec la toile de fond.

1. Les événements les plus intéressants de votre roman sont enterrés dans un résumé de la toile de fond.

Quelque fois, un auteur invente une toile de fond dramatique et complexe mais l’histoire principale manque de matière et d’impact. Il n’y a rien d’excitant dans l’intrigue qui se déroule sous les yeux du lecteur et le roman semble donc vide et statique. Bien sûr l’histoire peut porter sur le passé ; le personnage peut chercher à réparer ses erreurs. L’accent peut être mis sur la difficulté vivre avec le poids du passé ou d’avoir perdu à jamais une vie heureuse. Mais il arrive que cette approche ne soit pas bien réfléchie et l’auteur tâtonne, cherche des choses à faire à son personnage. Il ne réalise pas qu’il a déjà de merveilleuse idées mais qu’il les a cachées dans la toile de fond.

Est-ce que cette toile de fond peut être utilisée dans un flashback bien étoffé pour que le lecteur puisse y prendre part ? Ou plus radical, ces mêmes idées peuvent-elles être retirées du passé et retravaillées pour faire avancer l’intrigue ? Réfléchissez pour voir si les événements de votre toile de fond ne devraient pas faire partie de l’histoire en cours.

2. Votre roman repose sur le passé et les blessures secrètes du personnage plutôt que sur son évolution.

L’auteur essaie souvent de donner un passé frappant à son personnage pour que le lecteur s’y intéresse. L’héroïne a été élevée par une troupe de théâtre et l’auteur espère que ça va la rendre intrigante. Elle le sera, oui. Mais seulement au début. Le vrai intérêt c’est l’impact que ça a sur sa personne. A-t-elle besoin de sécurité et d’une vie plus stable ? Ou est-ce qu’elle a plutôt la bougeotte ? Peut-être même qu’elle est déchirée entre ces deux besoins.

Le passé d’un personnage seul n’est pas suffisant pour créer un personnage. Nous devons voir de quelle façon il guide ses choix. Le passé d’un personnage fonctionne mieux s’il exerce une influence sur le personnage et les événements de l’intrigue.

Une variante de ce problème est quand l’auteur se sert d’une tragédie passée pour que les lecteurs aient de la compassion pour les personnages : la blessure secrète. Il décrit comment un couple a traversé la douloureuse expérience d’un traitement de fertilité plusieurs années plus tôt ou peut-être la perte d’un fils assassiné. Mais bien que ces épreuves soient déchirantes et inspirent de la compassion, en elles-mêmes, elles ne montrent rien de la nature des personnages. Le passé sert de tremplin à la création de personnage, il ne la remplace pas.

Autre idée peu heureuse (inspirée des films qui eux doivent dégraisser l’histoire) : le personnage est expliqué ou décodé par un unique événement-clé dans le passé. La création de personnage en prose ne fonctionne généralement pas en abbréviant.

Si quelque chose d’inhabituel ou un événement traumatisant dans le passé de votre personnage a un impact sur son comportement dans le présent, n’oubliez pas de nous en montrer les conséquences.

3. Les enjeux dramatiques et blessures secrètes ne sont pas exploités dans le roman.

Quelques auteurs donnent à leurs personnages un fardeau passionnant mais qui n’est pas exploité dans l’histoire. Ils attirent l’attention sur le frère du héros disparu depuis des années, la mère dont on ignore l’identité ou une étrange marque de naissance mais rien n’en ressort.

Ces informations excitantes sur le personnage sont comme le fusil de Tchekhov. Si vous placez une arme à feu dans la première scène, le lecteur va s’attendre à le voir réapparaître plus tard. Si ce n’est pas le cas, vous avez mis l’auteur en appétit avec de fausses promesses. Et le lecteur s’en apercevra.

Si vous accablez vos personnages d’un problème, doivent-ils le résoudre ? Pas nécessairement. Tirer avec le fusil de Tchekhov n’est pas une obligation. Les histoires n’ont pas à donner des réponses d’une façon simpliste. Les personnages n’ont pas à apprivoiser toutes leurs peurs ou guérir chaque traumatisme. Mais chaque blessure secrète ajoute une tension, un repère auxquels les lecteurs font attention. Elles doivent colorer l’histoire d’une façon ou d’une autre mais ne devraient pas être utilisées juste pour capter l’attention du lecteur avant de disparaître.

Si vos personnages ont des blessures secrètes, assurez-vous de les exploiter.

4. Beaucoup de contexte dès le début.

Débuter un roman, c’est comme démarrer une énorme machine. Le lecteur a besoin de savoir ce qui se passe, qui veut quoi, pourquoi c’est important, qui sont les personnages, quelles sont leurs relations, ce qu’ils font jour après jour. C’est facile de le surcharger d’informations ou de l’embrouiller. Et une des erreurs très répandues est de donner du contexte de façon précoce.

Ça n’a pas toujours été un problème. Par le passé, les lecteurs n’étaient pas si affamés d’immédiateté et s’accommodaient de longues pages de contexte lorsqu’ils commençaient leurs lectures. Les Misérables de Victor Hugo débute par des présentations bien détaillées du contexte et des personnages avant de les plonger dans des situations à problèmes. Ça a ses avantages car en ayant fait la connaissance des personnages, nous sommes captivés quand les événements importants se produisent. Mais de longues introductions peuvent lasser les lecteurs d’aujourd’hui.

Si vous lisez les débuts de romans publiés récemment, il y a en général juste le minimum nécessaire pour poser le contexte. Et c’est souvent en rapport avec l’action en cours.

Alors quelle quantité de contexte est suffisante au début ? Pour vous aider transposez le problème dans la vie réelle. Imaginez que vous avez une nouvelle connaissance. Vous avez des points communs, vous vous reconnaissez dans la personnalité de l’autre, dans ses valeurs, etc. Si le moment vient de parler de vos vies, ce sera après que votre relation soit établie, quand vous êtes très curieux l’un de l’autre.

De la même façon, le lecteur au début d’un roman peut être charmé avec des informations peu nombreuses mais bien réparties. Juste ce qu’il faut pour comprendre ce qui se passe. L’explication détaillée de la situation peut elle ne pas émerger avant un bon moment.

Repensez votre contexte

Le lecteur n’a pas besoin de connaître le moindre détail du passé des personnages. Souvent la plus grande partie de la toile de fond n’est que pour vous. Elle solidifie vos personnages et leurs aventures et vous aide à écrire en confiance.

Quelques auteurs écrivent des brouillons en y incluant toute la toile de fond uniquement pour eux. Puis ils ouvrent un nouveau fichier et suppriment tout ce qui ne concerne pas l’histoire en cours, cherchent où réintroduire le contexte si nécessaire. Et se rendent compte que beaucoup d’informations restent inutilisées.

D’autres auteurs s’échauffent en écrivant les événements antérieurs au début de l’histoire puis l’effacent une fois la narration achevée.

Ça vaut le coup de passer en revue ce que vous avez écrit et d’y chercher tout ce qui relève du contexte. Surlignez ce qui a pour fonction d’expliquer. Voyez si vous le gardez pour plus tard, si vous l’utilisez différemment ou si vous le supprimez.

Un contexte riche en informations vous aide à écrire mais le lecteur peut ne pas avoir besoin de le lire.

1 Comment

  • Le monstrothécaire Posted 21 août 2020 7 h 27 min

    Je trouve qu’il est très difficile d’articuler l’intrigue avec le contexte. Parce que comme tu le dis si bien, le contexte doit servir l’intrigue et ne pas être étalé à tort et à travers… Résultat, on doit réussir à faire progresser nos persos, alors même qu’on revient sur certaines expériences déjà vécues, ce qui en théorie n’est ressassé que pour tenir informé le lecteur et n’apporte pas de plus-value direct aux protagonistes.
    Du coup, c’est compliqué. ^^
    Pour les problèmes de début, en ce moment, je vois davantage de romans qui zappent le contexte que des romans qui s’y attardent. C’est parce qu’on a beaucoup répété qu’il fallait aller vite, si possible démarrer par une scène d’action, et maintenant on nous balance même des dialogues alors qu’on ne sait pas qui parle. 😀 Plus une miette de contexte… et après, quand l’action est lancée, c’est très difficile de placer du contexte dans le milieu du roman sans créer une perte de dynamisme. (sans compter l’effet de frustration « mais pourquoi on nous l’a pas dit avant ? »)
    J’ai des avis changeants sur le sujet, mais en ce moment, j’opte plutôt pour le « prendre son temps ». Il vaut mieux détailler dès le début le contexte en même temps que les enjeux dramatiques, faiblesses/besoins/désirs, les arènes et la problématique globale du récit (sans pour autant inonder le lecteur de background) pour ensuite donner un coup d’accélérateur et créer un rythme crescendo.
    Dans ce sens, le premier tome de Millénium est un bon exemple. Les 90 premières pages ne servent qu’à présenter le contexte, et après, c’est du pur thriller. =)

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