Construire une intrigue convaincante

Construire une intrigue convaincante

Les auteurs galèrent parfois pour trouver un moyen de rendre leurs idées suffisamment convaincantes pour en faire un excellent roman. Malheureusement, beaucoup espèrent mettre la main sur ce secret ou cette formule magique pendant l’écriture du roman et qu’ainsi l’idée se développera toute seule ou qu’elle apparaîtra de façon organique avec le déroulement de l’histoire. Mais ça n’arrivera pas (souvent). L’intrigue doit être construite avec soin.

Je dirais même que vous pouvez prendre n’importe quelle idée, même une plutôt nulle, et en faire une bonne intrigue si vous y intégrez un bon élément pertubateur. Alors on va prendre le temps de voir ce qu’est un élément perturbateur.

Ce n’est pas la même chose que le retournement de situation. Le retournement de situation est un bouleversement ou une révélation inattendue dans l’histoire et ainsi, il « perturbe » l’intrigue. Certains romans ont de grands retournements de situation à la fin comme Ma vie pour la tienne de Jodi Picoult. Il est si intense, si inattendu que les lecteurs ont ressenti une forte émotion. Certains ont trouvé le rebondissement excellent, d’autres l’ont détesté.

Mais ce retournement de situation à la fin de l’histoire n’était pas l’élément perturbateur. Un roman ne peut pas tenir 400 pages avec un élément pertubateur qui n’arrive qu’au dernier chapitre. De même, si vous avez un retournement de situation qui apparaît très vite dans votre livre, ce n’est pas ce qui portera votre roman jusqu’à sa dernière page.

Dans Ma vie pour la tienne, Jodi Picoult invente un bel élément perturbateur. C’est l’histoire d’une fille, Anna, qui a été conçue dans un seul but : sauver sa sœur aînée, Kate, qui est atteinte d’une leucémie. Déjà là, on a un premier élément perturbateur qui apporte son lot de conflits (ressentiment, jalousie, colère, etc.).

Mais ça va bien plus loin quand Anna va poursuivre ses parents en justice pour les empêcher de la forcer à donner un de ses reins à sa sœur. Voilà qui fait monter les enjeux. L’action d’Anna peut maintenant mettre la vie de Kate en danger et l’éloigner douloureusement de ses parents. Un autre élément perturbateur se trouve ancré dans le premier avec les sentiments de Kate sur sa maladie et la condition de sa sœur.

Vous avez déjà sûrement lu ou entendu qu’il n’y a que des idées de bases. Et c’est souvent vrai. L’intrigue générale de nombreux romans a déjà été écrite plein de fois. Et beaucoup de romans extraordinaires ne sont que des variantes d’une même vieille histoire.

Pour améliorer votre intrigue, vous devez fignoler ce qui a déjà été fait ou aller au-delà de ce à quoi s’attend le lecteur. Apportez quelque chose d’inattendu, de captivant à cette intrigue déjà racontée mille fois. Demandez-vous : « Et si… »

Comment améliorer votre idée de départ pour lui donner une tournure inattendue

Il existe plusieurs façons :

  • Pensez à un cadre inhabituel pour votre idée. Vous pourriez trouver des moyens de grossir les conflits et les enjeux ; de donner à votre héros un objectif plus important, plus intrigant ; ou de faire ressortir des thèmes plus profonds, plus intenses.
  • Pensez à l’emploi. Les auteurs donnent parfois des métiers ennuyeux à leurs personnages. Bien sûr, le genre de votre histoire peut limiter les possibilités mais essayez de tester votre idée en donnant à votre héros des emplois différents.
  • Pensez aux événements. Et si votre romance se passait à un moment et un lieu universellement connu ? Le film Titanic est une romance basique qui aurait pu se passer n’importe où, à n’importe quel moment mais les enjeux et les conflits n’auraient pas été aussi importants.

Attention : ne choisissez pas n’importe quel cadre, emploi ou événement juste parce que ça sort de l’ordinaire. Chaque choix que vous faites pour votre roman doit avoir un objectif bien précis. Réfléchissez au fond de l’histoire, demandez-vous de quoi elle parle vraiment (son thème). Pensez aux loisirs, aux passions, aux blessures du passé, aux secrets et à l’éducation de vos personnages. Votre imagination est la seule limite aux possibilités.

N’oubliez pas : le but est d’améliorer votre idée, de trouver un bon « Et si ? » et d’en tourner la prémisse d’une façon intrigante pour amener un conflit avec de gros enjeux et un héros ayant un objectif convaincant.

Vous vous dites peut-être que certains romans n’ont pas besoin d’élément perturbateur. Que le vôtre en tout cas peut s’en passer. Vous n’avez peut-être pas besoin d’élément perturbateur pour vendre un roman mais si vous voulez vendre une magnifique histoire qui passera l’épreuve du temps et restera dans les mémoires, vous devriez réfléchir à un élément perturbateur.

Questions-clés pour brainstormer

Quand vous faites un brainstorming et que vous choisissez une idée pour l’intégrer dans votre prochain roman ou si vous écrivez déjà un roman mais que vous sentez que l’intrigue n’est pas extraordinaire, prenez le temps de réfléchir à l’élément perturbateur.

Voici quelques questions à vous poser :

  • Qu’est-ce qui rend l’idée principale de mon roman est unique et captivante ?
  • Comment améliorer cette idée et y infuser quelque chose d’incroyable, de crispant, qui va amener des conflits ?
  • Comment élever les enjeux du personnage principal pour apporter du drame et du suspense ?
  • Quel genre d’objectif qui semble impossible à réaliser puis-je donner à mon personnage principal ?
  • Quel sujet ou thème sensible peut être au centre de cette idée pour remuer le cœur des lecteurs ?
  • Comment tourner l’idée pour créer un dilemme ou un conflit fascinant ?

5 Comments

  • Coralie Fouriau Posted 19 août 2020 20 h 50 min

    C’est vrai que le métier du personnage peut donner une intrigue intéressante. Mais je pense que certains auteurs survolent cet aspect soit par dédain, soit pour éviter de faire des recherches. Personnellement je n’hésite pas. Dans PRS, Iris sera technicienne de laboratoire et devra trouver une solution pour Albafica, Lugonis et Sylphide. Dans un de mes romans, il y aura un archéologue. Il peut y avoir des Ducs, des Barons. Dans La quête de l’escarboucle, Golfrid passe de garçon de ferme à chevalier puis connétable. Il y a plein de postes et de grades intéressants qui pourraient donner de bonnes petites intrigues. C’est dommage de se priver d’une telle richesse.

  • A la page des livres Posted 19 août 2020 19 h 38 min

    C’est un article très intéressant car très pratique…
    Pour m’aider davantage, j’aurais bien aimé des exemples…
    Merci pour ton aide et ta pertinence

    • Coralie Raphael Posted 19 août 2020 21 h 09 min

      Alors voilà un exemple qui te parlera peut-être plus. Si « The Hunger Games » c’était juste l’histoire d’une fille qui tente de survivre dans une Amérique post-apocalyptique sous un régime répressif (et qui se retrouve dans un triangle amoureux), bon… Suzanne Collins aurait peut-être pas vendu autant de livres… S’il n’y avait pas eu l’événement perturbateur (le jeu télévisé Hunger Games donc), l’idée aurait été bonne mais sans plus. Que là, avec un « jeu » qui force des enfants à s’entretuer, Suzanne Collins a un concept qui porte tout le roman. Ça crée de la tension, du mystère, un profond intérêt et de la curiosité. Ça amène le lecteur à se poser des questions pour lesquelles il veut vraiment des réponses. Comment les enfants peuvent-ils s’en sortir ? Quel genre de traumatismes psychologiques vont-ils avoir ? Comment les gens peuvent-ils supporter de vivre dans un tel monde ? Et comment mettre fin à cette folie ?
      Donc voilà, un bon élément perturbateur vient non seulement « perturber » l’histoire mais il amène aussi le lecteur à se questionner. Il transforme une histoire ordinaire en une histoire extraordinaire.
      J’espère t’avoir aidée 😁

  • Le monstrothécaire Posted 19 août 2020 19 h 00 min

    Chouette article.
    En fait, il vaut vraiment prendre le temps de réfléchir à ce qu’on va écrire en amont pour avoir un maximum de bagages à exploiter lors de la phase d’écriture. Quitte à s’arrêter et recommencer le brainstorming plusieurs fois, laisser passer plusieurs jours… ^^
    Se lancer en ayant qu’une seule idée plaisante en tête, c’est comme partir en randonnée en oubliant son sac-à-dos, mais en ayant quand même pensé au tir-bouchon.

    • Coralie Raphael Posted 19 août 2020 20 h 26 min

      J’adore la comparaison 😂

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