6 questions à : Petrovsky

6 questions à : Petrovsky

Petrovsky, plus connu sous le nom de TheFishEye sur Twitter, c’était d’abord la voix chaleureuse d’un podcast qui mettait en avant des auteurs indépendants, l’été dernier. Puis j’ai découvert qu’il avait commencé un roman-feuilleton, qu’il aimait la poésie, dessiner des PaTaTeS… Récemment, il a lancé sa chaîne YouTube, créé un journal, s’amuse sur Tik Tok et s’apprête à sortir un premier ouvrage.
Il nous parle ici d’écriture, de poésie et de publications.


3 questions sur l’écriture

Tu parles de littérature sur ta chaîne YouTube, tu as lancé Liberté Égalité Pains Au Lait en début d’année, tu as écrit un roman-feuilleton et de la poésie… Qu’est-ce que l’écriture et la littérature représentent pour toi ?

L’écriture et la littérature en tant que telles ne représentent pas pour moi quelque chose de très précis, encore moins de sacré. Le vecteur me plaît, j’aime la beauté d’un livre broché, l’odeur du papier journal, la folie des mises en page sur un blog, etc, mais je n’y vois qu’un moyen. Le chant, la musique, le cinéma, les arts plastiques et picturaux, une baguette croustillante ou une note de calculs pour une poutre parfaitement exécutée, ont autant de magie et me procurent autant de frissons que les plus beaux passages de mes auteurs préférés. Ce n’est donc pas l’écriture ou la littérature qui m’importent, mais l’art, la création, la réflexion, l’envie de faire quelque chose de beau, ou de volontairement laid, mais de bien réalisé, qui résonnera dans le cœur et l’esprit de certains. Je suis également convaincu que tout est art (tout têtard ?). Tout peut apporter une émotion. Tout peut aider à entreprendre un chemin de réflexion. Toute expression mérite d’exister.

Je suis triste quand je lis des critiques négatives, ou des flots de dogmes qui n’ont pour but que de faire entrer dans un moule. Un moule est fait pour être brisé. Je conçois l’importance d’apprendre du passé, d’apprendre à respecter certaines règles, mais je ne conçois pas qu’on ne puisse s’en affranchir pour aller titiller les limites, les repousser, voir ce qu’il y a derrière, créer une nouvelle frontière qu’un autre pulvérisera à son tour. Cependant j’avoue être, paradoxalement à cette envie de liberté créatrice, une sorte de rigoureux de l’orthographe. Avec la grammaire elles sont des notes de musiques. On peut en jouer, on peut s’en jouer, on peut les rendre dissonantes, mais on ne peut pas les ignorer.

Je me définirais donc comme un esthète avant tout. Je suis aussi heureux face à un paragraphe de Voltaire qu’à un monochrome de Klein. Un esthète qui a besoin de se foutre de tout, car rien n’a plus d’importance que celle qu’on veut lui donner, et qui suis les principes du bon vieux Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais : je me presse de rire de tout, de peur d’être obligé d’en pleurer.

Je ne peux cependant m’empêcher d’écrire, ou de mal dessiner, ou de jouer de la musique… je dirais donc qu’au-delà de l’écriture et de la littérature, c’est la création (artistique, ingénierique (sic)…) et la contemplation des créations des autres qui est un de mes moteurs quotidiens.

Qu’est-ce qui t’attire dans la poésie ?

Elle est le monde, elle est la réalité, elle est la suite de Fibonacci qui explique la beauté et la perfection de la coquille d’un escargot, elle est le sourire d’un enfant ou la main serrée fort quand son amour s’endort pour lui dire qu’on l’aime et qui y répond par une léger soupir entendu, elle est la colère d’un tribun qui pleure les injustices, elle est l’au revoir à un copain parti trop vite ou le bouchon qui saute pour célébrer son retour de voyage. Elle est dans chaque chose, chaque roman, chanson, peinture. Ce que l’on appelle poème n’en est qu’une représentation dont j’apprécie l’exercice, mais elle ne peut y être réduite.

La poésie est la description mélodieuse de ce qui nous entoure, nous pénètre, nous guide et les mots ne sont que des gammes, le sens n’a pas plus d’intérêt que ce que nos sens ressentent. La chanson, Boris Vian ou Gainsbourg en figures de proue modernes, l’a compris. Écoutez La Chanson de Prévert de ce dernier, si vous frissonnez alors c’est que nous résonnons sur la même fréquence vous et moi, et vous m’aurez compris, sinon passez à Fear Of The Dark de Iron Maiden, A Tale That Wasn’t Right de Helloween, Atoma de Dark Tranquility ou Le Café de Oldelaf, bref, allez chercher votre frisson et on se sera entendus.

J’aime l’exercice du poème et je m’y prête certainement par fainéantise, parce que j’ai des mots qui viennent, des rimes qui me trottent en tête comme des lignes de basse parfois (oui, je suis bassiste à mes heures perdues, et j’ai hâte que la covid se barre pour que les répétitions reprennent), il faut que ça sorte, il faut que je les partage, il faut que je les dise. Alors j’en abreuve les réseaux sociaux, et encore je me retiens car j’en griffonne bien plus que je n’en recopie sur la toile.

La poésie n’est donc pas seulement pour moi la lecture assidue, ou l’écriture, de poèmes. C’est faire tinter les mots les uns avec les autres, dans un roman, dans un dessin, dans un court texte ou dans des bêtises échangées avec des amis autour d’un verre.

Voilà ce qui m’y attire : le besoin de faire vibrer mon espace-temps.

Qu’espères-tu que les gens retiennent de tes écrits ? Que veux-tu leur communiquer ?

Rien. Rien du tout. Je n’ai rien à leur transmettre, j’aurais aimé être professeur mais ce n’est pas mon rôle. J’ai à leur dire par contre. J’ai à leur faire ressentir. J’ai à leur raconter des histoires autour du feu de camp de mon imagination, de mon regard sur le monde. Je dis ça, et en même temps il y a un message dans mon roman, un message peut-être trop personnel, une sorte d’excuse pour tout ce que j’ai pu considérer avoir fait de mal. C’est ma phobie, blesser. Autant j’aimerais parfois foutre de grandes tartes dans la tronche de certains ayatollahs de la pensée unique, autant je ne supporte pas de savoir que j’ai pu toucher quelqu’un de mauvaise manière (intellectuellement, bande de dégueulasses, je ne laisse pas traîner mes mains !). Ce roman sortira pour la fin de l’année, ceux qui le liront n’auront qu’à s’en rendre compte par eux même.

Je n’ai donc pas de vrai message, mais j’ai une sensation que je veux laisser transparaître dans chacun de mes textes : avec une espérance de vie limitée (pour l’instant), avec une planète qui survivra à notre espèce, avec un univers qui de toute façon a une fin d’après les théories actuelles, il n’y a aucun intérêt à se foutre sur la gueule en permanence, si ce n’est de vouloir vivre en écrasant les autres durant ce petit laps de temps. Ça doit en faire jouir certains, les altercations sur les réseaux ou dans la rue sont là pour le prouver. Je m’interroge souvent sur ce que ressentent ces agresseurs. Quel est leur but ? Qu’on les adule et leur dise qu’ils ont raison, et qu’ils sont formidables, et que sans eux l’humanité ne saurait comment réfléchir. Je n’ai jamais compris la finalité de jalouser, voler, tuer, assouvir ; peut-être que je suis dépourvu de l’hormone qui abreuve le cerveau d’endorphine lors de ces actes. Pour ceux qui ont étudié un peu la tectonique des plaques, vous ne trouvez pas cela marrant que des mammifères bipèdes, soi-disant dotés d’intelligence, se battent pour un lopin de terre qui ne sera plus à ces coordonnées géographiques dans quelques millions d’années ? Millions d’années qui ne sont qu’une poussière de temps à l’échelle du cosmos ? Moi ça me fait marrer. Évidemment je rêve de mon petit jardin à la campagne pour passer des weekends à voir gambader ma fille derrière les papillons, mais j’ai conscience de l’absurdité de la notion de propriété du lieu qui y est attachée.

Pour me recentrer sur le sujet, je dirais que je suis heureux que des lecteurs apprécient mes textes et qu’ils y découvrent quelque chose, mais je n’en fais pas un leitmotiv. Est-ce que je veux qu’ils se souviennent de moi ? Est-ce que je veux la gloire ? oui bien sûr, qui n’en voudrait pas ? Mais j’ai peur de la mort, alors les gloires posthumes ne m’intéressent pas, ce qui ne laisse que les gloires de son vivant et en littérature elles semblent inaccessibles. Pourtant ce serait chouette d’avoir sa table attitrée Aux Deux Magots, pouvoir manger à l’œil de la blanquette avec un américano bien frais, matin, midi et soir. Je crois même que de temps en temps j’écrirais un poème sur la nappe en papier pour voir les gens se la disputer lors que j’aurais quitté ma chaise.

Mais non, je ne veux pas que les gens retiennent quoi que ce soit, je veux qu’ils passent un bon moment, et s’en aillent. Si j’avais le talent de Bukowski je dirais que je veux être leur écrivain public dans le sens le plus tapineur qu’ils fantasmeraient.

3 questions sur la publication

« Les maisons d’édition sont là pour filtrer les mauvais écrits. Si un manuscrit a été refusé par un éditeur, c’est qu’il est mauvais. » Qu’en penses-tu ?

Pauvre Proust…

Si un manuscrit a été refusé par un éditeur, c’est qu’il n’en veut pas, j’imagine qu’il ne faut pas aller chercher plus loin. Vous imaginez la gueule de l’art contemporain si Peggy Guggenheim avait raisonné ainsi, en pensant que tout ce qui n’était pas dans les galeries était mauvais ?

Et que signifie « mauvais » ? Hier j’ai mangé des raviolis trop cuits, j’ai trouvé cela mauvais mais ma compagne a tout mangé en se régalant. Lequel de nous deux a raison ? Lequel détient le pouvoir suprême de définir ce qui est bon ou pas ? Aucun des deux. Il n’y a pas de vérité universelle. Un plus un égale deux, jusqu’à ce qu’on découvre de nouveaux repères et que tout vole en éclat.

Je me permets donc de reformuler : les maisons d’édition sont là pour éditer les livres qu’elles considèrent dans leur ligne éditoriale et qui vont leur permettre de payer les salaires de leurs équipes à la fin du mois ; parfois elles prennent un risque mais mesuré afin de ne pas mettre des dizaines de personnes au chômage.

« Oui, mais l’art, la création, et justement le risque, où sont-ils ? » Ils sont dans la rue mon poilu. L’écriture (je n’ose même pas parler de littérature) est le parent pauvre de la création artistique, enfermée dans des carcans pédants. Elle doit sortir, se libérer, se foutre des conventions !

Elle ne doit pas essayer de plaire à tout prix, elle doit être ce qu’elle veut.

La modernité nous offre des milliers de vecteurs de propagation de nos créations. Ne nous arrêtons pas aux simples maisons d’édition. Elles sont formidables mais elles ne sont pas les seules et elles ne sont pas le juge de paix de ce qui mérite d’être lu.

Allons dehors les copains ! Allons crier nos textes sur une scène éphémère, regroupons-nous dans des recueils que nous distribuerons dans les bars, écrivons nos poèmes à la bombe de peinture sur les murs des écoles, faisons des podcasts de lecture de nos romans, etc, c’est pour cela aussi que j’ai voulu créer Liberté Égalité Pains Au Lait, pour offrir un nouveau vecteur libre, et que je donne la parole aux auteurs sur mon podcast. Et si une maison d’édition passe par là et veut ajouter son coup de pouce, alors avec plaisir ! Mais elle sera une pierre à l’édifice et non le régisseur du domaine.

Où en es-tu dans ton rêve d’édition ?

En plein milieu de nulle part pour ce qui est d’une édition brochée, mais si on y regarde de plus près je publie tous les jours : sur Twitter, sur Scribay, sur Youtube et sur TikTok j’essaye de créer et de partager au maximum, c’est déjà formidable, non ? Tous les peintres ne sont pas en galerie, tous les musiciens ne sont pas dans des salles de concerts. Les uns posent leurs tableaux sur un chevalet dans la rue ou l’accrochent au mur d’un restaurant mécène, les autres allongent leurs fesses sur le bitume ou leurs semelles sur l’estrade d’un pub de banlieue et offrent leurs partitions aux passants. Je rêve de voir la tranche d’un de mes livres dans les rayonnages des grandes bibliothèques et des belles librairies, oui, mais en attendant je n’édite pas, je publie. Je reviens à nouveau dessus, mais c’est aussi pour cela que j’ai lancé Liberté Égalité Pains Aux Lait, pour avoir un nouveau moyen de publication écrit, le blog ne me satisfaisait que médiocrement, et les plateformes comme Scribay ou Wattpad ne sont que modérément ma came. Les vidéos et le podcast me donnent aussi un moyen de publier, à l’oral et visuellement, c’est un vrai petit plaisir quand je peux m’y mettre, parce que tout cela demande du temps, que j’ai un travail assez prenant et que je ne suis pas un assidu, je publie, je crée, seulement quand j’ai justement quelque chose à créer, je ne m’assieds pas derrière une page blanche sans avoir déjà tout imaginé. Dans ce cas ça sort d’un coup, je peux écrire dix mille mots, puisque c’est la mode de compter, en un après-midi ou enregistrer plusieurs podcasts en quelques heures et les monter frénétiquement dans la nuit. C’est très rare que je laisse mijoter, que je corrige, que je rature.

Tout ce bazar donne un imbroglio assez iconoclaste j’espère, mais dans lequel il me semble perdre les gens qui essayent de me lire, de m’écouter ou de me voir… tant pis. J’aime cet univers qui est un tout désordonné.

Et l’auto-édition ? J’ai cru lire qu’un recueil se préparait ?

Ça complète ma réponse précédente. C’est un recueil de poèmes dont je vais envoyer le manuscrit à différentes maisons d’édition (Grasset, Gallimard…), car je souhaite vivre cette expérience, mais je veux aussi en faire moi-même une édition papier, sur un papier épais, un peu du style Canson. J’aime beaucoup le travail qui a été fait par Abel Debritto pour les recueils qu’il a édité de certains poèmes de Charles Bukowski, alors je vais aller dans ce sens. C’est un recueil qui sera en trois parties : Une Moisson (écrite du 22 mai 2019 au 4 octobre 2019) ; Chroniques De La Vie Parisienne (écrite du 5 octobre 2019 au 4 juillet 2020) et 280 (en cours d’écriture) ; je me tâte encore de les regrouper sous le même opus ou d’en faire trois petits fascicules.

Et puis mon roman va reprendre la route de la correction et de l’épaississement des derniers chapitres (oui, j’écris en suivant une méthode itérative, je pars d’un synopsis que j’épaissis de manière totalement aléatoire en fonction de mes envies d’écrire du moment), pour se retrouver dans des paquets cadeaux en fin d’année pour ma douce, ma fille, quelques amis et parents, les autres devront payer, pas cher car je ne veux que rémunérer le coût de la production, je ne souhaite pas tirer un profit pécuniaire de ce travail tant qu’il n’aura pas démontré qu’il en vaut vraiment la peine, cela viendra un jour si j’ai de la chance, de l’assiduité et un public, en attendant, je reste un saltimbanque itinérant : à vot’ bon cœur m’sieurs dames, et merci pour les artistes !

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