Quand la plateforme ne mène pas au contrat d’édition

Si vous vous préparez à présenter votre œuvre de non-fiction à des éditeurs, vous pensez peut-être à construire votre plateforme d’auteur.

La plateforme, en bref, c’est votre capacité à vendre des livres en fonction de votre visibilité auprès du lectorat visé. Si vous êtes un parfait inconnu, votre manuscrit sera peut-être refusé, car sans plateforme, difficile d’accompagner la publication de votre livre.

Si vous ne savez pas ce qu’est une plateforme d’auteur, j’en parle ici. Et maintenant si vous vous dites : OK, je vais développer une plateforme ! Comment on fait ?

La cynique briseuse de rêves en moi est tentée de répondre : ne vous forcez pas, parce que ça ne marchera pas. Vous faites de la rétro-ingénierie sur un processus qui, dans la majorité des cas, est voué à l’échec. Voici pourquoi.

1. Vous vous concentrez sur les indicateurs superficiels de la plateforme

On me pose souvent ces questions : quels chiffres dois-je viser ? Quel est le nombre minimum d’abonnés sur Twitter ? De visites sur mon site ? D’abonnés à ma newsletter ? Et ainsi de suite.

C’est vrai que le moyen le plus facile pour quelqu’un de mesurer rapidement votre plateforme est de regarder vos chiffres. Mais c’est un raccourci. Une plateforme d’auteur est organique, complexe et unique, et c’est impossible de l’apprécier de manière significative uniquement par des chiffres. Le nombre ne peut qu’indiquer qu’il se passe quelque chose d’intéressant.

La force d’une plateforme d’auteur englobe de nombreux facteurs, notamment vos relations, votre influence dans une communauté et d’autres signes de preuve sociale. Beaucoup d’influenceurs signent chez de grandes maisons d’édition. On a parfois l’impression que les éditeurs se disent « Nous avons besoin de voir au moins 10 000 likes sur Twitter, sinon ça ne vaut pas la peine que nous y réfléchissions. »

C’est décourageant et ça donne envie d’abandonner. Mais, les chiffres de surface ne signifient finalement pas grand-chose. Après tout, vous pouvez acheter autant de likes ou de followers que vous le souhaitez. (Mais s’il vous plaît, ne faites pas ça.)

Ce qui compte, c’est l’engagement et la confiance avec votre lectorat, et la façon dont votre activité est diffusée. Une fois la surface de vos chiffres grattée, c’est facile de voir si votre plateforme est solide ou en carton.

2. Vous vous concentrez sur la croissance des réseaux sociaux

Les réseaux sociaux ne sont qu’une facette de la plateforme d’un auteur. Mais comme ils sont facilement quantifiables, on peut leur accorder trop d’importance. Malheureusement, vous concentrer sur la création d’une audience sur les réseaux sociaux est une perte de temps.

Réfléchissez brièvement à cette question : pourquoi quelqu’un voudrait-il vous suivre sur les réseaux sociaux ? Pourquoi vous abonnez-vous à quelqu’un ?

C’est généralement parce que vous avez lu, écouté ou regardé quelque chose que cette personne a posté. Vous avez ri, vous avez été inspiré ou touché par une histoire ou un aperçu qu’elle a offert, que ce soit en ligne ou par le biais des médias traditionnels.

Pour créer une audience sur les réseaux sociaux, partagez votre travail ou vos idées avec le monde entier.

Ou encore : vous avez une audience sur les réseaux sociaux parce que les gens apprécient votre travail. Rassembler une audience pour quelque chose que vous ferez dans le futur ? C’est extrêmement difficile.

Dans 99% des cas, les personnes qui ont une audience importante font un travail que les gens apprécient présentement. Ce travail peut inclure une activité sur les réseaux sociaux (threads sur Twitter, vidéos sur TikTok, poèmes sur Instagram), mais ça reste une activité créative. C’est le partage du travail existant qui rassemble un public.

Parfois, les auteurs essaient de se constituer une audience sur les réseaux sociaux pour montrer qu’ils ont une plateforme, tout en craignant de trop poster leur travail et d’épuiser ou « gaspiller » leurs meilleures idées. Alors que publient-ils ? En général, rien de significatif, et donc ils pataugent.

3. Vous voulez aller trop vite

Si vous pensez : « Comment puis-je rapidement construire une plateforme pour en mettre plein les yeux à cet éditeur ou cet agent ? », vous êtes dans l’état d’esprit le plus difficile pour développer une plateforme significative et durable.

Comme je l’ai écrit plus haut, chaque plateforme est organique et complexe. Voyez ça comme une empreinte digitale, une signature unique qui se déploie d’une manière très particulière. Vous pouvez certainement piquer des idées à d’autres auteurs sur la façon de construire une plateforme, ou suivre certaines étapes stratégiques pour augmenter votre force marketing, mais la construction d’une plateforme est le travail de toute une carrière, et non quelque chose qui se fait du jour au lendemain. Elle se construit sur la base de vos travaux, de votre expérience professionnelle et de votre crédibilité, de votre visibilité ou de votre position au sein d’une communauté particulière, et des relations qui peuvent vous aider à vous élever. Il s’agit en partie d’un travail relationnel, qu’il est difficile d’accélérer.

Il est possible de suivre des cours en ligne et de travailler avec des consultants en marketing pour progresser. En particulier pour clarifier votre lectorat cible, votre message et votre image de marque (ce travail vous aidera à éviter les erreurs et peut-être à raccourcir votre chemin vers vos objectifs. Mais pour la plupart des auteurs, il s’agit d’un travail lent et intensif, qui implique des questions difficiles, telles que :

  • Quels sont les sujets ou les thèmes pour lesquels vous désirez être connu ?
  • Où les lecteurs se renseignent-ils sur ces sujets ?
  • Que pourriez-vous créer pour attirer ces lecteurs sur votre sujet (à l’aide d’un travail ou d’outils artistiques que vous apprécieriez de longues années) ?

La création d’une plateforme de manière stratégique et ciblée, dans le but d’atteindre un objectif tel que l’obtention d’un contrat d’édition, nécessite un investissement important en temps, en énergie et en ressources. En fin de compte, ça nécessite une planification professionnelle et ça prend du temps sur votre temps d’écriture. Certains auteurs ne sont pas dans leur élément quand ils essaient de relever ce défi, à moins qu’ils n’aient déjà eu une expérience professionnelle similaire ou qu’ils aient un mentor qui les guide à travers les étapes nécessaires pour se concentrer et clarifier leur approche.

Je ne suis pas sûre que tous les auteurs soient faits pour construire une plateforme en suivant un agenda professionnel. Certains auteurs ont la chance d’avoir une plateforme en créant et en partageant leur travail sans se soucier des résultats. Ils se constituent un large public presque par un heureux hasard ou grâce à des années de persistance artistique. D’autres auteurs ont des points forts ou des atouts sur lesquels ils peuvent s’appuyer pour faire avancer les choses (une maîtrise en beaux-arts d’une université prestigieuse, un ami bien placé).

Si l’on vous dit qu’il vous manque une plateforme, que faites-vous ?

  • Si vous avez l’argent, le temps et l’énergie nécessaires, engagez quelqu’un qui vous aidera à vous lancer sur la bonne voie. Elizabeth Sutton d’ID BOOX offre ses services dans ce domaine.
  • Cherchez un autre éditeur. Ce sont généralement les maisons des quatre grands groupes d’édition qui sont à la recherche de plateformes. Les petites maisons d’édition s’en moquent souvent, elles se concentrent sur la qualité de l’œuvre et sur son adéquation avec leur mission et leurs valeurs.
  • Mettez votre projet de livre de côté pour le moment. Produire davantage de nouvelles œuvres (sous une forme autre que le livre) est une façon significative et sûre de construire votre plateforme.
  • Pensez à l’autoédition.

Un mot d’avertissement également : parfois, les manuscrits sont rejetés sous prétexte d’une plateforme inexistante alors que la véritable raison est que la qualité du travail est médiocre. Mais c’est une explication plus facile à donner que de critiquer la qualité du travail d’auteur. Malheureusement, ça fait beaucoup plus de mal à long terme. Les auteurs peuvent devenir totalement obsédés par un mauvais plan d’action, ce qui les fait reculer de plusieurs années. Ne partez jamais du principe que la plateforme est votre problème, même si c’est ce qu’on vous dit.

Le mot de la fin

La construction de la plateforme ne s’arrête pas quand vous signez un contrat d’édition. Votre voyage ne fait que commencer. La bonne nouvelle, c’est que les auteurs peuvent construire une plateforme en s’engageant dans les activités qui leur plaisent le plus (car si elles ne sont pas agréables, vous ne les ferez pas suffisamment longtemps pour en voir les résultats). Si vous construisez une plateforme uniquement comme un moyen de parvenir à une fin, ça échoue généralement, et c’est pourquoi j’ai tendance à être cynique quand des auteurs essaient de le faire uniquement dans le but d’obtenir un contrat d’édition. Ça reflète un manque de compréhension de ce qui est important : l’énorme valeur de la visibilité auprès de votre lectorat.

Coralie Raphael
Coralie Raphael

Je parle beaucoup d'auto-édition et essaie d'aider les auteurs à comprendre dans quoi ils mettent les pieds. Parfois j'écris aussi des livres.
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Publications: 213

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